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La bonté et le courage en héritage

Posted in Ш - Sochol by [ Enikao ] on 17 juin 2018

Au bout de dizaines de kilomètres de piste sans asphalte, perché sur des collines de garrigue et de parcelles cerclées de pierres, un village sans eau ni électricité où tu nais, dans une famille pauvre d’une région pauvre, au fond d’un pays pas riche où ceux qui ont peu partagent avec ceux qui n’ont pas.

Une mère timide, souffreteuse, qui n’a jamais appris à lire mais qui donne tout avec une douceur infinie. Un père solide et bricoleur, né sous l’Archiduc des livres d’histoire, déporté pendant la guerre, éternel blagueur et chansonnier paysan.

Seul fils de la fratrie, tu as été l’héritier par défaut.

Il t’en a fallu, du courage, pour dire à 11 ans au patriarche que tu préférais quitter la campagne où, si parfois on avait faim, on n’avait qu’un pull vraiment chaud mais qu’on mouillait pour protéger les livres d’école de la pluie, tu étais choyé. Quitter la certitude pour aller à la ville, si loin, dormir dans des baraquements ouvriers pour pouvoir aller au collège, c’est grand quand on est encore si petit.

Tu finis des études d’électricité, et puis c’est l’heure du long service militaire, dix-huit mois à crapahuter et à gagner quelques permes grâce au concours de tir au pigeon. Il t’en a fallu du sang-froid, quand en 1968 vous vous entrainiez à la décontamination NBC après avoir vu les chars soviétiques entrer dans Prague. Prêts pour une guerre d’attrition et une résistance pied à pied, mourir pour la patrie et tout le toutim.

Mais le vaste monde te titille. Toute cette génération du baby boom s’ennuie et veut faire fortune à l’étranger. Sans parler un mot de cette langue difficile, avec 5$ en poche, tu pars chez Bibendum où ton honnêteté te rendra même suspect : un gars qui rend au contremaître l’enveloppe de la paie hebdomadaire d’un ouvrier lambda trouvée par terre n’est-il pas un espion industriel ? Paris t’appelle, car il est là le but : les Beaux Arts !  Blouse bleue le jour, blouse blanche tachée soir et week-end, en cours ou place du Tertre, pour gagner quelques sous et payer les tubes de couleur, les fusains. Jusqu’à ce qu’une jeune provinciale vienne en visite et s’éprenne. Tu l’épouseras peu de temps après. Oui, c’est du Amélie Poulain dans le texte.

Et puis me voilà. Il n’y en aura pas d’autre, alors toute l’attention se porte sur moi. Il t’en a fallu de la patience, avec ce gosse malade et d’une maigreur affolante. Tu l’as veillé, tu l’as porté jusque vers les sommets à l’air pur quand il était au bord de mourir étouffé. Tu l’as envoyé à la musique, chez les curés, apprendre les langues à l’étranger, tu lui as offert des livres et une encyclopédie gigantesque pour assouvir sa soif de savoir. Et puis tu troques la blouse bleue pour les costumes, les armoires électriques pour les salles de réunion, la pilosité faciale s’efface, et avec une volonté de fer tu quitteras définitivement Marlboro.

Il t’en a fallu des nerfs, pour supporter la guerre, à deux heures d’avion de Paris, à quelques kilomètres de chez toi. La capitale presque à portée de roquettes, un tiers du pays occupé, les lignes téléphoniques coupées… tu m’as emmené à mes premières manifs, place des Grands Hommes. Sans le savoir, on y a rencontré un futur Président et un futur Académicien.

Il t’en a fallu de la générosité pour me payer des cours, des études chères et longues que tu n’as pas eues, tout en mettant tes propres parents à l’abri du besoin et des dangers. Un matin, j’ai dû t’annoncer la mort inattendue du vieux chêne. L’enterrement fut plus épique qu’un film mélodramatique. Refoulés par les Casques Bleus à une frontière qu’on avait oubliée, des orages d’été qui obscurcissent le ciel et la foudre qui tombe, les incendies qui allument la crête des collines… et surtout cette haie d’honneur interminable, des centaines de personnes collées aux murets de pierre jusqu’à la petite chapelle surplombant la petite mare. Maman qui, contre l’avis de tous, et sans pouvoir communiquer avec sa belle-mère, a réussi à l’emmener aux obsèques après l’avoir rendue présentable. Tes sanglots qui éclatent. Ma main dans la tienne. Merde. C’est dur. La sensation de lignée et de passation de témoin est là et bien là.

Tu dis souvent que la différence entre toi et moi, c’est que tu es père et pas moi. Il y en a plein d’autres évidemment. Mais je te ressemble plus que tu ne crois. La curiosité, le sens esthétique, le goût des jeux de mots (on ne va pas se mentir, les tiens sont parfois approximatifs en français mais tu ne renonces jamais), une capacité à s’émerveiller, le goût des sciences, l’émotivité. Comme toi, je ne sais pas parler à cœur ouvert, ça ne vient pas facilement. Et puis, j’hérite aussi de toi une culture, une langue, un vécu incomparable.

Certes, j’ai grandi dans une forme d’insouciance et je n’ai pas cette volonté d’airain qui t’anime. Ce fut ta force face à l’adversité, alors que je n’ai pas vraiment eu à me battre. J’ai toujours eu de l’admiration pour ton parcours, tes accomplissements. Je ne sais pas si tu as été fier, parce que longtemps j’ai mal compris ton regard sur moi. Alors que tu as toujours été là pour moi, parfois maladroitement, mais d’une générosité sans pareille, malgré mes excès, malgré nos différences.

Alors que je suis dans une période de mue, ce que j’essaie de prendre de toi alors que ta vaillance se réduit, c’est le courage. Ce n’est pas du vampirisme, j’essaie de prendre modèle. Les idoles sont souvent fausses, les grandes figures remarquables sont presque toujours insupportables, c’est pourquoi je n’ai pas envie de copier. Laisse-moi simplement m’inspirer.

Bonne fête, mon père.

Comme tu es curieux, en France c’est le fabriquant de briquets Flaminaire qui a créé la fête des pères en 1949, pour des raisons totalement commerciales.  

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Testeur du grenier : télé HD, zappette et moments gênants

Posted in # - Imedjiz, Ш - Sochol, Ө - Hitek by [ Enikao ] on 17 août 2017

Quand on est un enfant de la télé (un vrai, hein, pas un invité d’une émission éponyme), un xennial ai-je appris récemment, il est étrange de retrouver la petite lucarne. Depuis quelques années, je me suis rendu compte que je n’ai plus fait fonctionner mon « poste de TV » pour regarder la télévision.

Par curiosité, j’ai fait l’exercice. Mal m’en a pris.

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Mutation numérique pour tous et digital cosmetics : cher Sébastien Bazin, j’ai un sujet pour toi (shadow cabinet challenge)

Posted in € - Ykonomix, ∞ - Toudoto, Ш - Sochol, Ө - Hitek by [ Enikao ] on 21 février 2016

La transformation digitale est le nouveau féminisme. Qui est la nouvelle RSE. Qui est le nouveau mécénat. C’est le nouvel étendard qu’il faut brandir. C’est un véritable enjeu, et comme toujours c’est devenu également un véritable enjeu de communication : il faut montrer qu’on n’est pas prêt à se faire ringardiser en interne, à se faire uberiser par de nouveaux entrants jeunes et agiles (un terme marketing et fourre-tout qui a su s’imposer) sur le marché, à perdre la confiance de ses partenaires. Pourtant, travailler ses propres fondement n’est pas chose aisée et les organisations sont tiraillées entre faire ce qu’elles savent faire depuis toujours et explorer l’inconnu.

Aussi, la tentation de faire semblant est parfois très forte, au point que certains mettent plus de moyens dans le faire savoir que dans le savoir-faire. On a eu du pink washing, du green washing, on est déjà en train de voir émerger une digital cosmetics. Une façon d’enrober sa stratégie de digital sans qu’il y ait rien de sérieux en-dessous.

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Major Tom ne répond plus : le premier spationaute britannique est parti dans les étoiles

Posted in ♪ - Saoundz, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 11 janvier 2016

Après une année 2015 poisseuse et pesante, l’année 2016 commence étrangement. Il s’en dégage une impression de menace imminente et permanente. Les bourses en Asie qui chutent, la menace terroriste, des débats politiques nationaux consternants mais impliquant des conséquences majeures sur nos libertés…

Dans l’actualité, chaque jour semble apporter sa disparition. Déjà les Michel, Delpech et Galabru, Lemmy Kilmister et son métal qui sent la sueur et l’huile de vidange, Courrèges, Boulez (j’y suis moins sensible mais manifestement c’était un grand esprit de la musique). Et soudain, David Bowie. Hein ? Oui.

Si Iggy est l’iguane, Ziggy est le mutant, et c’était définitivement un caméléon. Physique. Musical. Cinématographique.

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Ne tuons pas Charlie Hebdo une seconde fois

Posted in § - Midia, D - Costik, П - Politix, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 10 janvier 2015

Je ne sais pas par où commencer face à l’énormité de ce qui s’est passé, mais il faut que ça sorte. C’est allé trop vite, c’est trop atroce et impensable. C’est trop. Depuis des jours mon cerveau fume, mon cœur se serre, ces foutues glandes lacrymales turbinent à plein régime et j’ai le sentiment d’étouffer.

Charlie Hebdo a beaucoup compté pour moi. Au lycée, j’ai commencé à le lire avec un camarade qui était le poète rebelle de la bande. Il le lisait à haute voix, l’œil malicieux et le sourire en coin, assis dans le couloir en parquet ciré pour notre ami Romain qui était malvoyant. Ce canard a contribué à constituer ma conscience politique et mon goût pour l’outrance. J’y découvre l’amour de Cavanna pour la langue, Val et ses textes engagés, les chroniques de Renaud, les éclairages économiques d’Oncle Bernard, et bien sûr les dessins : Charb, Tignous (que je connaissais de Casus Belli), Wolinski, Cabu (que j’avais vu petit dans Récré A2 avec Dorothée), Lefred-Thouron, Siné. Ma mère me voit le lire un soir, elle me dit que ça s’est assagi depuis Hara-Kiri qu’elle lisait en cachette à mon âge. Les couvertures et les contenus étaient beaucoup plus trash pour l’époque.

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Science nazi

Posted in ! - Boulchit, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 7 septembre 2014

Il est étonnant de voir qu’en anglais, les mots nazi et geek partagent une caractéristique commune. Ces termes, avec le temps, ont fini par désigner des comportements génériques auxquels ont peut ajouter un qualificatif pour préciser le champ d’application.

Le premier caractérise le passionné légèrement asocial, ce qu’on a pu baptiser autrefois les « pola », au sens « polarisés ». Monomaniaques et un brin dans leur bulle, ils tentent de partager leur passion avec leur entourage, la plupart du temps sans succès. Il en existe de toutes sortes, en fonction de l’objet de leur passion : histoire, films, figurines, Star Trek, anime, comics, Star Wars, jeux de rôle en grandeur nature, cartes à collectionner… Scott Johnson avait fait un poster avec une cinquantaine de geeks stéréotypés.

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Temporalité : « maintenant », c’est quand ?

Posted in П - Politix by [ Enikao ] on 8 mai 2012

La campagne présidentielle vient de s’achever. A l’issue du premier tour, il n’est resté que deux candidats, avec des slogans jouant sur des domaines bien différents.

D’un côté, la densité et la territorialité : la France forte. Pour un candidat qui, durant son mandat présidentiel, fut un hyperprésident omniprésent (que retiendra-t-on des 5 ans de François Fillon à la tête du gouvernement ? J’ai beau chercher, je ne vois pas) tentant de remettre la question de l’identité nationale au cœur des débats de société, ce n’est pas une surprise majeure.

De l’autre, le mouvement et la temporalité : le changement, c’est maintenant.

Mais concrètement, « maintenant », ça désigne quel moment ?

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Concurrence patronymique : duel sur la toile

Posted in ∞ - Toudoto, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 23 novembre 2011

La réputation numérique n’est pas qu’un thème à la mode pour les entreprises. Ni même un sujet simplement « à la mode ».

Pour une personne, on parlera de personnal branding : faire de soi une marque, avec l’ensemble des attributs qui lui sont rattachés. On peut mettre dans le lot un logo ou une image représentative (qu’il s’agisse d’une photo flatteuse ou de l’en-tête de son blog, ou d’un avatar), une signature ou un slogan (citation préférée sur le profil Facebook, signature du blog), mais aussi la cohérence des différentes plateformes d’expression (par redondance, ou au contraire en se complétant les unes les autres par leurs spécialités).

Pour affirmer sa présence en ligne et soigner son personnal branding, il faut… produire, beaucoup, souvent, être repris, avoir une audience, engager la conversation, participer à des événements en ligne ou bien physiques. C’est ainsi que l’on se démarque de ses camarades, et surtout de ses homonymes qui sont des compétiteurs naturels dans les moteurs de recherche et sur les espaces numériques.

Or il se trouve que dans mon cas, j’ai un unique adversaire.

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Fade to grey

Posted in # - Imedjiz, ∞ - Toudoto, ♪ - Saoundz, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 30 janvier 2011

Il y a presque un an, en plein mois de mars, j’ai spammé. Ayant fait l’acquisition d’un smartphone et d’une application originale permettant de transformer les photos en images type bande dessinée en un minimum d’efforts, je me suis mis à refaire une bonne partie de mon carnet d’adresses sur ce même principe.

Un trombinoscope personnel, un Facebook où j’ai toutes les données qu’ont bien voulu me fournir les utilisateurs. L’alphabet y est passé, tranquillement, alors que je transformais les profils en dessins en noir et blanc.

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On ne réfléchit pas à Limoges

Posted in ∞ - Toudoto, Ф - Nutek, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 2 janvier 2011

Produire quelque chose d’original, un contenu, sous quelque forme que ce soit, réclame des conditions particulières. L’envie, l’inspiration, l’idée originelle, cela va de soi. Il faut en sus avoir du temps de cerveau disponible, même quand l’idée est déjà là, à fleur d’esprit, prête à jaillir, que l’on sent les prémices du squelette et de la chair.

Mener une réflexion, faire aboutir un projet créatif n’est donc pas qu’une question de volonté.

Cette difficulté est accrue par des circonstances qui viennent polluer l’esprit, que l’on soit occupé à assurer sa condition matérielle au jour le jour ou que l’on ait une vie trépidante et trop bien remplie, subie ou choisie. La vieille malédiction chinoise « puisses-tu vivre en des temps intéressants » prend tout son sens quand on est un newsjunkie (et cette addiction n’est pas qu’un fantasme) ou que l’on est de nature particulièrement curieuse : la sensation de tourbillon d’excitation mentale rend toute concentration isolée et structurée très difficile.

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