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Crise de la presse quotidienne : la quatrième dimension

Posted in # - Imedjiz, ♪ - Saoundz, § - Midia, Ф - Nutek, Δ - Nuz by [ Enikao ] on 4 juin 2008

Je n’ai pas de remède miracle ou d’explication toute faite aux causes de la crise que traverse la presse quotidienne en France. En revanche, je vois un élément fondamental : la quatrième dimension.

Il ne s’agit pas de la mythique série de science-fiction en noir et blanc, mais de la quatrième dimension d’Einstein. Pour que deux personnes se croisent dans un bâtiment, il faut qu’elles soient à la même latitude et longitude pour trouver la salle ou le couloir, et à la même hauteur pour être au même étage. Voilà qui nous fait 3 dimensions. Mais il faut y ajouter une quatrième qui est indispensable : elles doivent s’y trouver au même moment. Le temps constitue donc la quatrième dimension (qui elle, n’a qu’une direction : du passé vers le futur).

Pourquoi parler du temps pour la presse quotidienne ? Et bien l’indice c’est quotidienne : la périodicité. L’intervalle de temps entre deux parutions. Et c’est la quotidienneté qui est la cause de nombreux malheurs, parce que la cadence que donnaient les journaux d’autrefois a été brisée par une sorte de tecktonik technologique.

  • Première face de la quatrième dimension : la péremption

Originellement, avoir un journal quotidien servait à connaître les nouvelles du jour, et une fois fini on passe au lendemain. Pour cela, il y a un processus (pour l’ordre des étapes, je ne suis pas certain) : recherche de sujets, rédaction (après enquête, ou vérification), bouclage, ordonnancement du journal, impression, livraison. Entre le bouclage et la parution en kiosques, il se passe du temps.

Or, avec Internet, je peux accéder à quelque chose de formidable : l’équivalent de dépêches. Les flux RSS me permettent de recevoir, dès qu’un billet ou un article est mis en ligne, une information que j’ai choisie. Pas de limite de place, je peux avoir autant de flux que je veux. Alors mon quotidien du matin ou du soir, et bien… il est pauvre. Il a déjà quelques heures dans la vue. Alors dedans je vais retrouver des informations auxquelles j’ai déjà eu accès la plupart du temps la veille (pour les matinaux) ou durant la journée (pour les vespéraux). Ce ne sont plus des nouvelles, ce sont des anciennes. Qui achète des yaourts périmés ? Voilà pourquoi la presse magazine s’en sort mieux : dossiers thématiques, enquêtes, articles de fond rendent le « produit » moins périssable.

  • Deuxième face de la quatrième dimension : le momentum informatif

Internet me donne accès aussi à du contenu audio et vidéo quand je veux : je choisis le moment de mon écoute de telle chronique radio ou de telle émission, par exemple si elle passe pendant que je suis au volant (pour la vidéo) ou dans le métro (pour la radio). Mieux : je peux écouter ou voir deux émissions qui sont diffusées en même temps, miracle impensable auparavant. Il me suffit pour cela de récupérer les podcasts.

Internet donne donc au lecteur, à l’auditeur ou au téléspectateur la maîtrise du temps. Sauf que… où passe l’argent ? Un podcast n’inclut que rarement la publicité. Un flux RSS texte presque jamais. Alors pourquoi regarder la télévision ou écouter la radio, qui me forcent la main et me paralysent ? Pourquoi aller acheter mon journal ?

Pour presque toutes les nouvelles, je trouverai l’information en ligne, gratuitement. Et même si je n’ai pas accès à l’article que je veux du média que je veux (les articles payants de La Tribune par exemple), il y a un équivalent disponible en quelques clics. Que manquerai-je ? Un bon édito ? Une tribune libre ? Ça ne justifie pas mon obole. Ce que je veux, c’est l’information. Sur écran, j’ai le texte, les images, le son. Je me fous du papier journal ou du papier glacé. Bientôt avec les e-books, je pourrai même emporter toute ma bibliothèque dans ma poche, et la consulter quand bon me semble.

De toute façon, pour peu que l’actualité me serve au niveau professionnel, mon entreprise s’abonnera aux médias qu’il faut. Un journal ou un magazine, ça circule dans le service ou bien on trouve un système de piges archivées. Voilà un souci de moins à gérer…

  • Troisième face de la quatrième dimension : le fossé générationnel

Sauf que tout ça ne répond toujours pas à la question cruciale : mais qui payera les journalistes ? Comment rémunérer leur travail ? Le journalisme citoyen ne suffit pas : il faut des moyens pour mener une enquête, effectuer des déplacements, prendre le temps d’interroger des gens. Quel prix pour l’information ?

Il est problématique d’en parler à la génération du gratuit, qui ne veut rien payer. Téléchargement illégal de musique et vidéos, jeux gratuits, journaux gratuits, services offerts, SMS et temps de communication illimité… Une génération qui a des oursins dans les poches mais télécharge une sonnerie pour son téléphone mobile, tape 1 pour que Kévin-Elvis reste à la Star Ac’ ou envoie love au 8 22 22, tout ça pour 1€34. Bravo le micro-paiement, c’est plus cher qu’un quotidien.

C’est aussi la génération globale, qui lit moins la presse régionale. Cette dernière se tient encore pas si mal en France, mais pour combien de temps ?

  • Quatrième face de la quatrième dimension : et maintenant ?

Je ne fais pour le moment que poser des questions. Poser le problème clairement, c’est parcourir la moitié du chemin vers sa résolution. Comme on dit : y’a plus qu’à…

4 Réponses

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  1. Eric said, on 10 octobre 2008 at 3:49

    Oui, ce problème est sans doute essentiel: le fait que, face à l’outil Internet, le journal papier perd de sa pertinence. Mais on peut poser une autre question (accessoire, certes): pourquoi dans les années soixante certains journaux parvenaient à sortir plusieurs éditions dans la même journée (on m’a raconté!) et pourquoi ils n’y arrivent plus maintenant. Je ne dis pas que ce serait une piste à suivre. C’est juste une question…

  2. [Enikao] said, on 10 octobre 2008 at 4:12

    Pas du tout accessoire, cette question ! Elle constitue peut-être même un début de réponse pertinente. Même si je n’apprécie pas le format et le contenu, l’idée de Direct Soir et Direct Matin est dans cette optique, à ceci près que les rédacteurs ne sont pas journalistes (statut, carte de presse, peut-être formation mais là je m’avance un peu).

    Précision utile : les éditions multiples ne concernaient que quelques grandes villes hexagonales.

  3. jean said, on 23 octobre 2008 at 12:20

    Franchement rien à dire c’est vraiment un site trés intéressant merci

  4. [ Enikao ] said, on 23 octobre 2008 at 12:41

    @Jean : c’est beau le spam par commentaire… allez, on n’a qu’à dire que vous avez vraiment lu ce que j’écris, hein ? Et comme ça on repart pas fachés.


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