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Les parasites du langage de l’information se succèdent

Posted in ! - Boulchit, € - Ykonomix, § - Midia, Δ - Nuz by [ Enikao ] on 9 juin 2008

Il y a des expressions qui font long feu dans les médias d’information, à tel point qu’on ne les remet plus en cause et qu’on se demande même comment on désignait la chose en question auparavant. Au début c’est juste une ritournelle, une expression qui sonne bien, puis ça devient obsédant car tout le monde la reprend, et ça finit par nettement porter sur le système. C’est insupportable parce que ce sont des effets de mode plus que de l’information réfléchie et expliquée. A-t-on oublié que les mots ont un pouvoir sur les choses et sur la conscience ?

En 2002 on nous a tartiné des mois entiers, toute une campagne présidentielle avec l’insécurité. Je n’ai jamais compris de quoi on parlait. L’insécurité est un sentiment, une émotion, une angoisse, un stress. Soit une rumeur, des on-dits, un fantasme. Donc rien de concret. Littéralement, on promettait bien un « programme de lutte contre le sentiment de peur », si je traduis lutte contre l’insécurité. Je m’attendais à une distribution massive de tranquillisants et d’anxiolytiques pour calmer tous ces grands angoissés, de la musique douce dans le métro, voire un soutien des pouvoirs publics aux free hugs, or on me promettait… l’impunité.

Aurait-on parlé d’incivilité que déjà on entendrait les insultes, la mauvaise conduite, la malpolitesse, j’y aurais vu plus clair mais à peine. Aurait-on dit délinquance et criminalité que l’on entrait dans les statistiques policières, qui sont un indice de mesure reposant sur des éléments déjà plus fiable car enregistrés statistiquement (passons sur les calculs, ce débat ne m’intéresse pas). Le débat politique aurait été sain. Qui a entendu parler d’insécurité depuis 4 ans ? On est tous devenus très braves, alors, puisqu’on n’a plus peur ? Ou bien il n’y a plus de délinquance ?

Il y a deux ans les médias ne vivaient qu’au rythme des alertes à l’épizootie (on avait utilisé en premier lieu épidémie, avant de comprendre que les mots ont un sens et une étymologie bien précis) de grippe aviaire, le terrible H5N1 (à se demander s’il faut dire touché ou si c’est le nom de code d’un virus secret). Pas un jour sans qu’on voie un canard mal en point, un cygne souffreteux, un poulet malingre ou une pintade fiévreuse passer de vie à trépas dans des conditions sanitaires sécurisées. On découvrait tout à coup que les oiseaux migrateurs, horreur, se fichaient bien des frontières et voyageaient d’Est en Ouest. On voyait des agences chinoises procéder à des abattages massifs de volatils. Et puis plus rien. Même pas un édredon en plume contaminé. Finie l’épizootie. Sûrs ? Non, mais c’est passé de mode.

Aujourd’hui, on ne peut plus ouvrir un journal sans qu’on nous bassine avec le pouvoir d’achat. Trois mots qui tournent en boucle dans la bouche des présentateurs de JT, dans la bouche des sociétés et des politiciens, qui sont utilisés ou détournés dans les publicités. Ca me hérisse, c’est devenu viscéral. C’est pas compliqué, le prochain qui m’en parle, ça sera relaté dans les pages « faits divers » du Parisien… Qui a défini à la radio, à la télévision ou dans la presse ce qu’était le pouvoir d’achat ? Et la différence avec le coût de la vie ? A-t-on expliqué ce qu’est une unité de consommation ? A-t-on rappelé que plus de célibataires, de veuves et de familles monoparentales, ça amplifie forcément l’impact de la hausse des prix sur les produits alimentaires de base ?

J’allais commencer une démonstration statistique mais j’ai trouvé ces mots de Thomas Piketty (EHESS) qui même s’ils sont anciens disent tout ça mieux que moi. On prend une expression qui sonne bien et on en use à l’envi : le mot « pouvoir » donne le sentiment de puissance, de liberté, c’est presque une obligation démocratique… Le pire c’est qu’il y a un site dédié au pouvoir d’achat. En regardant en bas à gauche, on comprend que cette question intéresse beaucoup l’éditeur dudit site… Je lui préfère largement ceux qui mettent réellement un coup de boule dans les prix.

Il est impossible de prévoir ce qui sera la prochaine lubie médiatique. Je remarque toutefois qu’il s’agit à chaque fois d’une menace qui joue sur la frayeur et la compréhension supposée de la problématique par le bon sens populaire. Vivement que l’on passe à autre chose que le panier de la ménagère (le cabas du ménager, on le passe sous silence sans que je comprenne pourquoi) et que cette fichue capacité de consommation cesse de nous obstruer les sens.

5 Réponses

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  1. [Fumble] TZAR said, on 16 juin 2008 at 2:10

    Mouarffff Enikao !!! Que de cynisme ! Et ben tu me crois, tu ne me crois pas, je suis d’accord avec tes propos :

    On nous bassine à longueur de temps avec des expressions économiques très complexes, on les apure de tout leur sens, et quand il ne reste plus rien, on l’explique au français ! Au moins, on peut espérer qu’ils comprennent :)

    Pouvoir d’Achat : Explications

    Revenus = X
    Dépenses vitales = Y
    X – Y = Z = Reste à vivre (expression de mon banquier)
    Que peut-on faire avec Z, à part un 86 points au Scrabble ? Et bien, on peut l’épargner ou encore le dépenser. L’emploi de Z correspond à un pouvoir d’achat à l’instant T.

    J’ai beau crier sur mon chef, mes revenus X n’ont pas bougé depuis 2 ans. Par contre, mes dépenses Y ont, elles, augmenté au minimum de l’inflation annuelle, soit entre 2 et 3%. Mon Z a donc diminué, mon pouvoir d’achat a donc baissé ! Scandaleux ! Heureusement, les prix du pétrole, de mon loyer immobilier, ou de la baguette de pain ne sont pas comptabilisés dans l’inflation puisqu’ils ne font pas partie du pool d’éléments servant à son calcul. Je suis donc en fait plus pauvre qu’on me le dit ? Crotte alors ! C’est là que je bénis Microsoft en cliquant sur mon Excel.exe et là, c’est la ruine : mon essence me coûte 30% plus chère, mon loyer a pris 7%, et la baguette s’envole de 25%. Je suis au bord du dépôt de bilan ! J’aurai préféré être asiatique, le prix du riz n’a pas bougé d’un iota depuis 1935…

    Bref, je vais arrêter de ce pas mes âneries et je retourne engueuler mon chef…

  2. [Fumble] TZAR said, on 18 juin 2008 at 9:08

    Petite rectification :

    Le prix du riz a triplé voire quadruplé dans certaines régions asiatiques…

  3. DAVID said, on 2 juillet 2008 at 1:06

    oui les matières premières alimentaires sont en pleine explosion Riz, farine, blé, soja, etc etc… multiplié environ par trois ou quatre, parfois plus…

    Le rapport de la FAO en 2006 prévoyais déjà une baisse de la production pour 2007 et 2008. Et à ce jour rien de neuf à l’horizon, famines et troubles sociaux sont en constantes augmentations.

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