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Le Tour de France doit changer d’écran

Posted in ∞ - Toudoto, § - Midia, Ш - Sochol, Δ - Nuz by [ Enikao ] on 26 septembre 2008

Les atermoiements sur le futur rôle de Lance Armstrong dans l’équipe cycliste Astana m’ont rappelé qu’il existe encore de nos jours une compétition qui a pourtant perdu tout intérêt : le Tour de France. Ce n’est pas une question de dopage ou pas (et peut-être pourrait-on enfin supprimer définitivement le « ou pas »), ni même un problème de tracé du parcours qui depuis quelques années, si j’ai bien compris, quitte le strict Hexagone pour aller voir chez nos voisins.

Ce qui est réellement préoccupant, c’est la médiatisation du Tour. Il doit quitter la télévision qui le tue.

Soyons clairs : je ne m’intéresse pas au cyclisme. En revanche je m’intéresse aux médias, et si le Tour doit à mon sens quitter la petite lucarne, ce n’est pas par esprit vengeur ni pour libérer du temps d’antenne, même s’il est exact que ce dernier pourrait être utilisé autrement.

La naissance du Tour est passionnante. Suite à des dissensions au sein de la rédaction du journal Le Vélo à propos de l’affaire Dreyfuss, un rédacteur claque la porte et fonde un concurrent, L’Auto, qui est l’ancêtre de l’Equipe. Une idée de génie naît alors chez L’Auto pour terrasser le concurrent honni : créer une grande compétition sportive cycliste, sport très populaire au début des années 1900. Immense succès : les feuilletons écrits ont trouvé un nouvel avatar sportif et la France entière lit avec avidité et en retenant son souffle les exploits des mollets d’acier. Quelques années plus tard, le maillot jaune (couleur des pages du journal) distinguera le leader du classement.

Ferveur populaire au bord des routes, récits sportifs accompagnés plus tard de quelques photos, puis suivi radiophonique des étapes : le Tour prend un autre tour et son succès ne sera pas démenti pendant des années. Et enfin, le glas avec la télévision. Ce qu’il pouvait arriver de plus triste au cyclisme est là et personne ne réagit. Le suspense a disparu, le lyrisme et l’imaginaire tout autant, ne restent que des images brutes qui défilent et montrent la foule imbécile qui s’approche dangereusement pour une photo, de longues colonnades de cycles, et les paysages qui passent en arrière-plan.

Les commentaires sont fades, sauf à refaire l’histoire des étapes ou à parler des bruits de couloir des équipes, c’est triste et insupportable. Le Tour de France est une compétition que l’on sort du musée, figée dans une douce France surannée aux arrière-goût de premiers congés payés de 1936. Elle est définitivement mal adaptée au format télévisé. La débauche de caméras prend l’opération sous toutes les coutures avec quelque chose de légèrement obscène, on croirait voir du gonzo-sport. Il faut garder une place à l’image : certaines hésitations, certaines échappées, le sprint final. Mais tout le reste est d’une platitude sans nom qui a fait perdre toute la dimension épique originelle.

Or aujourd’hui nous disposons de moyens pour retrouver une dynamique, en jouant sur l’écrit, l’image, la vidéo et même le son. Le média multimédia par définition : le web. Les sites web ont en effet la capacité à peu de frais de jouer la synergie complète pour donner aux amateurs de cyclisme toute la palette d’informations, sous plusieurs formes, et de pouvoir jouer sur la quatrième dimension que constitue le temps :

  • un compte-rendu quotidien écrit précis, avec des photos et des extraits vidéo des moments clés de l’étape
  • des interviews des coureurs, des entraineurs et de toute personne qui a quelque chose à dire plusieurs fois par jour
  • des brèves et quelques vidéos sur un format court pour entretenir le suspense et relater les moments importants (toutes les heures ?)
  • des fils d’information courts presque en temps réel (qui a dit Twitter ?) qui pourraient être même envoyés en push par SMS pour les gros accros

Cette complémentarité aurait l’avantage d’offrir divers niveaux d’engagement et d’immersion au cœur de l’information sportive, tout en laissant la place à d’autres médias bien entendu (presse, radio). Mais aussi elle réenchanterait un peu plus l’épreuve en lui redonnant une dimension de storytelling beaucoup moins prosaïque que le spectacle morne des images qui défilent à 50km/h en moyenne. Cette formule offre même une part d’interactivité par le biais de commentaires, de concours d’image ou de photo des lecteurs.

Il est vrai qu’une bonne partie du public Tour de France est vieillissante, et n’est pas constitué de technophiles très à l’aise avec les nouvelles technologies. Mais voilà un élément de communication intergénérationnel à exploiter socialement : en faisant jouer la solidarité pédagogique familiale on peut réconcilier juniors et seniors (il ne faut plus dire jeunes et vieux) autour d’un sport qui serait à la fois revitalisé et revisité médiatiquement.

Je crois que le Tour de France a tout à gagner à passer de l’écran de télévision à l’écran d’ordinateur.

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