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Raccourci : pédagogie, quatrième dimension et mensonges pour enfants

Posted in § - Midia, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 25 octobre 2008

Un billet de Versac hébergé chez Narvic nous amène a reconsidérer notre rapport au savoir. J’ai tendance à penser que simplifier revient à mentir par omission. Enlever de la complexité à un événement, occulter les implications multiples d’une idée nouvelle, retirer les causes imbriquées d’une fait, les multiples acceptions d’un phénomène revient à passer à côté de la chose. Résumer la parole d’un auteur ? Exposer brièvement un savoir ? Autant parler d’autre chose…

A moins que l’accès à la connaissance ne demande une certaine forme de mensonge. Des mensonges d’inoffensifs, des mensonges pour enfants.

Mais si l’on veut bien reconsidérer cette exigence de compréhension sous le prisme du temps passé à acquérir la connaissance, on se rend bien compte que c’est extrêmement ambitieux et élitiste. Le cas mis en exergue est une journaliste pressée qui demande à Maître Eolas de résumer les nombreux billets de magistrats en colère publiés jeudi dernier. Et l’avocat de se moquer d’une journaliste si empressée de résumer l’événement. Si l’expression est maladroite, il faut comprendre que le métier de cette journaliste, c’est de rendre l’information intelligible par des non-spécialistes, et qu’effectivement la presse a connu des années meilleures en terme de personnes dans les rédactions.

Admettons que la journaliste lise l’intégralité des soixante-et-un-peu-plus (ça augmente) billets, se documente et se référence pour bien les comprendre tous, et qu’elle interroge Maître Eolas la semaine suivante. Et bien elle ne traitera plus une actualité, or c’est bien là son métier. Elle est soumise aux contraintes du temps, cette fameuse quatrième dimension.

Autre besoin : comprendre, pour retranscrire dans un langage démocratique et accessible aux lecteurs. Faut-il pour cela qu’elle fasse son droit ? Pas sûr. C’est peut-être rageant pour le spécialiste d’entendre : mais en gros, c’est quoi ce qui se passe ? Grossièrement, comment ça fonctionne ? Mais son rôle d’expert n’est-il pas de se mettre à la portée des néophytes ? Ne peut-on pas exiger, au prétexte que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, que le spécialiste soit capable de résumer efficacement ? N’est-ce pas aussi une façon d’être remis en cause et de s’obliger à avoir un regard sur sa propre expertise ?

Comment fait-on pour expliquer quelque chose à une personne qui ne dispose pas des bases nécessaires pour la comprendre ? Par analogie, ou par un procédé que j’appelle le mensonge pour enfant. On fait comme si, même si ce n’est pas vrai, parce que pour la compréhension globale ça n’a pas trop de conséquence.

Le meilleur cas de mensonge pour enfant qui me vienne à l’esprit est très connu de tous. On apprend au collège les bases de l’électricité sans avoir de notions de chimie atomique ni de mécanique quantique. Le cours contient un très beau dessin d’un atome, avec un noyau contenant des neutrons et des protons, et autour des électrons qui tournent autour du noyau. Sauf que c’est faux. Un électron ne tourne pas autour du noyau pour la bonne raison qu’il n’a pas de position ni de trajectoire. Et cette découverte ne date pas d’hier : on le sait depuis les années 30 ! Toutefois, cette présentation ne change pas grand chose à la compréhension globale des collégiens, simplement plus tard ils découvrent… qu’on leur a menti, qu’en définitive c’est un peu plus compliqué. Un autre grand classique du même tonneau : il est parti pour toujours pour il est mort chez les petits enfants. La mort, pas sûr qu’il comprenne, la disparition définitive, plus probablement.

Certains se sont fait les chantres de la simplicité. C’est la méthode de l’essentiel, du pur, du court et du bien ficelé. Nous n’en sommes pas encore à demander des explications en 140 caractères mais j’imagine que ça va bien finir par arriver…

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4 Réponses

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  1. narvic said, on 26 octobre 2008 at 12:17

    Ah, [Enikao], c’est toute la question de la pédagogie et des médiateurs de la connaissance…

    La question des journalistes, médiateurs de l’actualité seulement, n’en est qu’un petit aspect…

    La question qu’internet nous pose, c’est de savoir si l’on peut faire sans des médiateurs…

    Je ne crois pas. Mais ce ne sont pas forcément les mêmes médiateurs qu’avant, ou alors pas pareil… En tout cas, il faut inventer quelque chose de nouveau car l’ancien ne fonctionne plus très bien…

  2. david said, on 26 octobre 2008 at 10:43

    Exact,
    Mais je suis pas sûr que la mécanique quantique soit accessible au programme de 6ème. Idem pour la théorie de la relativité.
    Les raccourcis sont nécessaires pour adapter le savoir à « l’apprenant ». Et lui permettre d’aller plus loin. Le problème c’est que l’éducation nationale n’aime pas le sur-apprentissage ». C’est à dire quand l’élève dépasse le programme. L’Education Nationale aime les clônes, standardiser le savoir. Elle ne supporte pas ceux qui sortent du cadre. La société non plus d’ailleurs.

  3. [ Enikao ] said, on 26 octobre 2008 at 5:40

    @Narvic – Je suis bien d’accord sur la nécessité de trouver des médiateurs, des « passeurs de savoir ». Et c’est là un talent bien particulier. J’ai eu des professeurs considérés comme des cadors dans leur domaine, qui ont écrit des livres passionnants et figurant dans les bibliographies de mes camarades, mais quand il s’agit de transmettre de personne à personne…

    @David – Les mensonges pour enfants sont parfois nécessaires pour poser le pied sur la première marche et avoir une idée générale dans un domaine. Ce qui est intéressant c’est ce que ce besoin révèle : on veut peut-être mettre la charrue avant les bœufs.

  4. kerendra said, on 28 octobre 2008 at 6:56

    Vulgariser le savoir est un mal nécessaire si on veut pouvoir se faire comprendre sur des questions particulièrement techniques. Dans beaucoup de domaines particuliers, il peut y avoir tout un vocabulaire propre à ces domaines qu’il faut savoir maîtriser, des subtilités doctrinaires et un raisonnement qui ne peut être accessible au plus grand monde.
    Maintenant, le fond du problème est véritablement la mauvaise transcription qui en est fait. Un exemple flagrant : au niveau du droit, il y a un véritable écorchement des notions, des procédures etc… qui crée quiproquos et malentendus sur une affaire comme l’a démontré tellement de fois Maître Eolas ;)
    La vulgarisation est aujourd’hui particulièrement vulgaire et effectuée par des personnes qui n’ont ni les compétences, ni les connaissances nécessaires pour la faire correctement.


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