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Noirs, impairs et manque de discernement

Posted in ! - Boulchit, § - Midia, Ш - Sochol, Δ - Nuz by [ Enikao ] on 13 novembre 2008

C’est l’effet Harry Roselmack : un noir a été élu Président des Etats-Unis ! Comme lui, il est jeune, brillant, charismatique et noir. Formidable élan chez les partisans de Barack Obama outre-Atlantique, qui comme pour Harry passé par LCI avant d’atteindre le sommet avec le 20 heures de TF1, se disaient bien que Sénateur de l’Illinois n’était qu’une marche vers un pallier plus élevé encore.

C’est idiot ? Alors pourquoi penser que la nomination d’un préfet noir en France peut être liée à l’élection présidentielle américaine ?

On nage en plein n’importe quoi et la presse n’a pas démérité entre raccourcis ineptes, idioties et contre-vérités (faisons dans le politiquement correct un moment, car ça ne va pas durer). Je me doute que le sujet abordé ici est un thème à trolls et que la loi de Godwin se profile à l’horizon, mais si l’on veut bien prendre en compte un point de vue nominaliste et accepter un regard critique le temps d’un billet, peut-être pourra-t-on réfléchir posément.

La nomination de Pierre N’Gahane au poste de Préfet des Alpes-de-Haute-Provence a eu un effet étonnant dans une bonne partie des médias, qui se sont empressés de saluer la promotion d’un noir à une haute fonction de l’Etat. C’est une bonne nouvelle pour lui, et sans aucun doute la reconnaissance de ses compétences et de son engagement. C’est aussi un encouragement pour la promotion sociale des minorités, je ne le conteste pas. Ce qui choque c’est le traitement médiatique, et plus précisément le choix des mots.

La Voix du Nord ose affirmer qu’il s’agit du premier Préfet noir. Laissons à Patrick Devedjian le soin de démentir comme il le fit à l’AFP : « Ce n’est naturellement pas le premier préfet noir que nous avons, mais c’est sans doute le premier préfet d’origine étrangère, les autres étant d’origine antillaise et donc français depuis Louis XIV« . Merci Patrick, on sait l’attachement pointilleux que tu portes à la question des origines.

Le Monde parle d’ailleurs de Préfet d’origine africaine. Certes, mais ce serait oublier Aïssa Dermouche qui fut préfet du Jura, né dans une famille kabyle en Algérie (à ma connaissance, c’est toujours en Afrique), et que l’on qualifia d’ailleurs à l’époque de préfet « musulman ». On aura oublié au passage également Nacer Meddah, qui fut Préfet de l’Aube. La France a dû connaître des préfets « juifs », « protestants », « agnostiques » et « athées » sans que l’on en fasse étalage. On attend avec impatience le premier préfet « boudhiste »… La France, pays laïque, a choisi de laisser la question religieuse dans la sphère privée et de la retirer de la sphère publique (sauf en Alsace et Moselle, sous régime du concordat).

A-t-on oublié les préfets nés dans ce qui étaient à l’époque les colonies françaises ? Je n’ai pas le pédigrée de tous mais il se trouvera certainement des hauts fonctionnaires nés en Indochine, au Maroc, à Pondichéry, au Dahomey ou dans d’autres endroits moins évidents (enfants de diplomates nés dans d’autres pays). Rattacher une personne à son territoire de naissance est absurde. A-t-on dit d’Edouard Balladur qu’il était le premier Chef de Gouvernement né en Asie (à ma connaissance) ? 

Pour le Télégramme de Brest, Pierre N’gahane, serait le premier Préfet issu de l’immigration. En réalité, c’est peut-être le premier Préfet naturalisé français (information introuvable), auquel cas sa réussite ressemblerait plutôt à celle d’Arnold Schwarzenegger, autrichien devenu Gouverneur de Californie.

Et bien entendu il s’est trouvé un illustre imbécile pour demander au Ministre de l’Intérieur si cette nomination était lié à un « effet Barack Obama« . Ah, enfin ! C’est LE mot magique actuellement. A mettre à toutes les sauces, sans réflexion ni recul, sans discernement, jusqu’à l’écoeurement le plus complet.

Avec tout le respect que je dois aux camarades Léopold et Aimé pour leur combat contre l’oppression intellectuelle et le colonialisme, je suis désolé mais il faut en finir avec la « négritude » mal comprise (le terme désignait à l’origine la lutte contre la négation du racisme et des discriminations, pas l’affirmation positive d’être noir). Ce particularisme supposé n’a pas de sens parce que je ne sais pas ce qu’est un noir.

Si c’est une question de couleur de peau, foncée et même brune, alors Selif Keita est blanc, Ravi Shankar est noir et on pourrait supposer que Jacques Séguéla fut noir dans les années 80 en raison d’un abus de bronzage.

S’il faut être né en Afrique, alors Philippe Séguin est noir puisqu’il est né en Tunisie. Plutôt l’Afrique sub-saharienne ? Alors Ségolène Royal est noire, elle est née à Dakkar. Il faut être imprégné de la culture locale ? Alors Johnny Clegg est noir. Du coup mon voisin aux origines maliennes, qui ne connait rien de la culture de ses ancêtres et qui est né à Clichy, est blanc ?

J’exagère ? Oui, mais au jeu des petites imbécilités ont peut aller très loin dans les contre-exemples, et c’est toujours l’absurde qui l’emportera.

Que l’on se comprenne bien : il n’est pas question de nier, de rabaisser, d’oublier, de dédramatiser le racisme. Quel est le point commun entre Barack Obama, Marie-José Pérec, Booba, Dieudonné, Toni Morrison, Laurent-Désiré Kabila, Marc Ravalomanana et Wangari Maathai ? Je n’en vois pas. Vraiment pas. Et pourtant il s’en trouve toujours pour faire des rapprochements sans fondement autre qu’une teinte de peau, que le premier graphiste venu trouvera absurde tant il existe une variété de teintes. Colin Powell est moins noir de peau que mon informaticien indien préféré. Mon grand-père connait mieux les traditions culinaires béninoises que mon fleuriste dont la maman est pourtant née à Ouidah. 

Parmi les récentes stupidités, rien ne vaut les message de félicitation de Maurice Lévy (PDG de Publicis), à Rama Yade (Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme) entre deux couloirs d’une radio suite à l’élection de Barack Obama : « Bravo ! ». Mais de quoi ? Elle n’a pas voté aux Etats-Unis. A-t-elle fait campagne pour lui officiellement ? Non. A-t-elle collecté des fonds pour le candidat Obama ? A-t-elle écrit ses discours ? Non plus. Je ne suis pas dans la tête de Monsieur Lévy (d’origine africaine lui aussi car il est né au Maroc, au passage) mais je subodore qu’il faisait de Monsieur Obama le porte-étendard d’une cause noire supposée, et donc nécessairement Rama Yade une fervente supporter du premier Président noir des Etats-Unis d’Amérique.

Les clichés ont la vie dure…

6 Réponses

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  1. david said, on 14 novembre 2008 at 7:50

    Ce qui est surtout frappant, c’est que des professionnels ne font pas la différence entre une nomination et un élu. Un préfet est nommé par une autorité administrative. Il est encore heureux que l’état ne cautionne pas des pratiques de délits de faciès au sein même de ses corps. Par contre, ce qui serait une révolution, c’est de voir des représentants locaux de communes ou circonscriptions élus par la population au suffrage universel.

  2. [ Enikao ] said, on 15 novembre 2008 at 8:48

    C’est tout bête et plein de bon sens mais ça m’avait effectivement échappé ! La nomination est le fait du Prince (qu’il soit progressiste, volontariste, népotiste, opportuniste, ou simplement au mérite), l’élection est en revanche plus proche de l’expression d’une mentalité collective (et on vérifie à cette occasion si elle est prête ou pas prête).

  3. david said, on 15 novembre 2008 at 10:18

    Fait du prince pas tout à fait. Faut pas exagérer non plus. Nommer un cheval comme gouverneur oui relève du fait du prince. Mais sinon non.
    La question que je me pose plutôt est : Où sont les Obama potentiels dans les partis politiques, en tout cas pas dans les candidats de premiers plans, ni de second plan d’ailleurs…..

  4. boz said, on 18 novembre 2008 at 12:33

    David, il y a déjà des Noirs élus au suffrage universel, un de plus ne serait pas une révolution. Ce qui serait une révolution c’est que les partis ne tablent pas sur un prétendu racisme de la population.

    Présenter l’élection de Noirs par la population comme une « révolution », se demander si elle est « prête » comme s’il s’agissait de quelque chose qui n’est pas naturel et lui demande un effort particulier ne peut que retarder l’échéance car la plupart des gens ne se posent tout simplement pas ce genre de question.

    Il suffit de voir par exemple ces sondages amusants où les Français qui auraient voté Obama s’ils avaient pu sont plus nombreux que ceux qui seraient « prêts à voter pour un Noir ».

  5. david said, on 19 novembre 2008 at 9:31

    C’est dans ce sens que je l’entendais.
    Mais dans le sens diversité alibi. Evidemment un noir au suffrage universel, cela existe. Tu as plusieurs élus, maires députés et peut être sénateur. Mais ils n’ont pas de rôle majeurs au sein des institutions des partis.

  6. david said, on 19 novembre 2008 at 9:32

    Avec toutes mes excuses sije me suis mal exprime


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