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Ces petites euthanasies

Posted in ! - Boulchit, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 10 décembre 2008

C’est curieux comme nous avons du mal à mettre fin. Qui prendra la dernière pistache ? Puis-je décemment prendre la dernière cigarette de ton paquet ? Qui finira la bouteille de vin ? Comment se mettre d’accord sur celui qui raccrochera le premier pour achever (on notera le champ lexical de l’euthanasie : achever) la conversation ? Terrible dilemme qui fait intervenir le non-dit, la gène et la politesse.

Un camarade travaillant dans la restauration m’indiquait que les japonais sont difficiles à saisir pour un serveur : s’il y a 5 convives et 6 pièces dans le plat commun, personne ne touchera à l’élément surnuméraire. Jamais. Du coup, le serveur imagine qu’ils n’ont pas fini. Le fin du fin consiste à proposé au plus agé (étiquette oblige) de prendre le dernier morceau, quitte à ce qu’il passe à quelqu’un d’autre.

De manière générale, il est difficile d’être le dernier. C’est à la fois un prestige, un héritage, et tous ceux qui le savent accordent un respect mêlé de pitié à ce qui, tôt ou tard, disparaîtra. Il n’y a qu’à voir le cirque qui fut fait pour Hiro Onoda, le dernier soldat japonais qui ignorait l’armistice et a continué la Seconde Guerre Mondiale tout seul jusqu’en 1974 : on alla jusqu’à chercher son supérieur hiérarchique de l’époque pour lui signifier de rendre les armes. Et comme il se doit, on s’extasia devant son courage et son obéissance au devoir sacré…

Le dernier roi d’Albanie, Zog 1er d’Albanie, un monarque qui rêvait d’ouvrir son pays à la démocratie parlementaire, a eu un peu plus de chance en étant immortalisé par Hergé sous les traits de Muskar XII dans Le Sceptre d’Ottokar.

Pensons aussi à ces créatures qui ont disparu du fait direct de l’homme (le loup de Tasmanie, le dodo), ou bien failli comme le bison (en 1902, il en restait… 25 ; pas 25 000, 25 unités !). Oui, on s’attache et on regrette, on pleure la disparition.

Finalement, le seul que l’on n’envie pas tellement, c’est le dernier des imbéciles. Celui-là, on l’achèvera sans rechigner.

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2 Réponses

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  1. coloribus said, on 11 décembre 2008 at 9:11

    Tout ceci nous ramène à la notion d’héritage. Il serait intéressant de connaitre la réaction face à la dernière pistache d’un individu issu d’une société matrilinéaire.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_matrilin%C3%A9aire

    Quid du suicide institutionnalisé des Inuits Chukchees : « Qui va tuer papi ? ». En principe c’est au fils que revient la funeste besogne. J’ai trouvé ceci à ce sujet :
    http://agora.qc.ca/thematiques/mort.nsf/Dossiers/Inuits

    Sinon, je signale juste un petite coquille « démocratie parlemntaire ».
    Bonne continuation !

  2. [ Enikao ] said, on 11 décembre 2008 at 10:32

    @coloribus : Il faudrait demander aux femmes du peuple Moso, en Chine (des moeurs très étonnantes, dont la plus connue est la présentatrice / chanteuse / mannequin Namu), mais il semblerait logique que la « mère supérieure » fasse office d’équivalent au patriarche.
    Quelques informations sur ce personnage raffaîchissant : http://www.francelecture.net/yangerchenamu.htm

    Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’héritage, je pensais plus à un deuil, à l’acceptation de la fin provoquée.

    Merci en tout cas pour les encouragements.


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