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Facebook et Cuba, c’était mieux avant : le syndrome du vétéran

Posted in ∞ - Toudoto, □ - Lotek, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 7 janvier 2009

C’est une réflexion qui trainait depuis longtemps et c’est une interview de geek et les commentaires qui m’ont poussé à la poser (à peu près) au clair ici. L’élitisme, ça existe toujours et ça existera toujours, dans tous les domaines. Parce que quand trop de monde fait pareil, ça perd de l’intérêt. Alors forcément, c’était mieux avant.

La nouveauté a toujours un attrait naturel, parce que c’est nouveau et qu’il faut tester, il faut « en être ». Le cabinet d’analyse Gartner, spécialisé dans les nouvelles technologies, a d’ailleurs théorisé cela avec sa célèbre « courbe du hype« , ou cycle de maturité des technologies émergentes. Cette courbe place sur deux axes la visibilité d’un sujet et le temps, avec une forte poussée au début, suivie d’un creux de désillusion terrible, pour remonter progressivement avec l’apprentissage raisonné des usages et enjeux.

Mais il faut toujours des défricheurs, des enthousiastes premiers, ceux qui essuient les plâtres, ceux qui font évoluer les choses.

Ce type de comportement est de plus doublé d’un phénomène rarement traité ou même mentionné : le syndrome du vétéran. Ce sont ceux qui racontent les fameux débuts difficiles, avec une certaine propension à enjoliver les choses et une condescendance pour ceux qui n’ont pas connu. Les touristes partis visiter Cuba les deux premières années de l’ouverture du pays le disent, avec une ferme assurance ou quelques trémolos d’émotion dans la voix : tu ne connaîtras jamais ce que j’ai connu là-bas, c’était incroyable. Maintenant ça a trop changé, c’est plus pareil. C’était mieux avant.

Il y a ainsi ceux qui ont connu les premiers chats, les premiers téléphones mobiles avec écran noir et blanc non rétro-éclairé, les modems au bruit improbable avant l’arrivée de l’ADSL, voire pour les plus atteints de nostalgie les premiers Minitels (au clavier en ABC et non en AZERTY). Pour certains, Twitter c’est le service qui plantait, c’est indissociable de la mythique fail whale que l’on n’a pas vu depuis bien longtemps, pas même lors de l’élection présidentielle américaine. La liste serait longue et cela doit exister dans tous les secteurs : les voitures qui avaient de vrais moteurs que l’on pouvait bricoler, les poteaux carrés du gardien de but, j’en passe et des plus étranges.

C’est l’élitisme des connaisseurs, des « historiques » qui ont connu autre chose et autrement, comme l’époque bénie de Facebook en anglais seulement (un bon repoussoir, hélas pour le niveau de langues étrangères des français). Car les groupes étant plus restreints, le sentiment d’être privilégié, de faire partie des happy few était d’autant plus fort. Ce qui se démocratise paupérise : c’est moins intéressant si tout le monde fait pareil. A trop on ne se sent plus bien, on ne connaît plus tout le monde. Aussi, la tentation est le ras-le-bol, la rancœur, et le passage à une autre aventure réservée à un petit nombre.

Et pourtant, à bien y réfléchir : ne sont-ce pas ces pionniers qui ont milité pour la démocratisation ? Ne sont-ce pas eux qui ont peut-être gâté ce qu’ils aimaient tant ? Et à bien y réfléchir, pourquoi parler à la troisième personne ?

2 Réponses

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  1. Laurent Suply said, on 8 janvier 2009 at 7:45

    Effectivement, c’est monnaie courante sur le web. Au sein de nombreuses communautés diverses et variées, j’ai pu voir les « pionniers » commencer à se réjouir du succès et de l’arrivée de nouveaux participants. Puis, au fur et à mesure que leur intimité (et parfois leur pouvoir) se diluent dans la masse, ils ont l’impression fondamentale de perde cet « entre nous ». Parfois, cela aboutie à un « web-protectionnisme », le noyau des anciens relevant les barrières d’entrée pour protéger leur milieu. Mais la plupart du temps, cela débouche sur des séries de désertions d’anciens pour d’autres communautés encore confidentielles.

    En bref, on a beaucoup causé et écrit sur les « early adopters » mais très peu sur les « early leavers ».

  2. palpitt said, on 8 janvier 2009 at 10:02

    Le fait d’être à la fois évangélisateur et de vouloir en même temps conserver cette intimité est un peu paradoxal c’est vrai. C’est marrant suite à un tweet ce matin sur l’avenir de Twitter je pensais à la même chose : pourquoi ne pas tenter de dessiner une nouvelle courbe, celle de l’adoption (du point de vue des early adopters) et de ses différentes phases liées à l’intimité (décroissante) : création d’une zone d’échanges sociaux (happy few) > évangélisation > démocratisation > tipping point > l’espace n’est plus ce qu’il était > c’était mieux avant > etc. ).

    A lire aussi, à propos du lien entre «  »élitisme » » et qualité des échanges, ce qu’avait expliqué Versac lorsqu’il avait abandonné son blog : « dès qu’un espace ou un outil dépasse un certain niveau d’exposition, ils vont ailleurs, recréer cette initimité » http://pisani.blog.lemonde.fr/2008/08/21/blogalaxie8-versac-recreer-leconomie-vertueuse-de-la-conversation/#comment-35324


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