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Pourquoi le blogueur n’est pas un journaliste (1)

Posted in ∞ - Toudoto, § - Midia, Δ - Nuz by [ Enikao ] on 17 janvier 2009

Je poursuis quelques idées déjà développées à propos de l’expérience aaaliens et du journalisme de liens, abordées également en partie avec Eric Mettout et Narvic dans l’Atelier des Médias.

Car en réalité, les blogueurs qui ont participé à l’opération l’Odyssée de l’info de l’Express ont finalement joué au journaliste, un peu malgré eux.

Nous avons assez naturellement adopté une forme qui est du bon français écrit et qui est identique à celle de l’écrit imprimé : pas de smiley, pas de phrases sans verbe, pas d’interjections ou d’onomatopées, pas de novlangue… N’ayant pas relu les papiers livrés à l’Express.fr, peut-être que certains comportaient encore des éléments de ce type, très spécifiques au blog, avant d’être mis en ligne, mais mon intuition me dit que non. Ce qui a changé c’est le ton, plus personnel et plus vivant ainsi que l’écriture à la première personne.

Si nous avons gardé parfois un ton personnel, nous avons tout de même supprimé le dialogue de nos écrits. Or cette pratique est assez typique du web : dans nos billets, il arrive souvent que l’on s’adresse directement à son lectorat fidèle car nous avons une relation interpersonnelle avec lui. C’est particulièrement le cas des diaristes qui tiennent un carnet de bord. On se trouve un peu dans la digression mais aussi comme le jeu que peut avoir un comédien avec son public : on n’entend pas toujours le public répondre mais le comédien s’adresse publiquement à lui ou à certains de ses membres.

Or là nous n’écrivions pas pour notre lectorat habituel donc nous avons spontanément et inconsciemment supprimé ce dialogue. On est en quelque sorte passés du tu au vous par effet de changement de lectorat et de plateforme d’expression. Par exemple nous ne modérons pas les commentaires, donc nous n’engageons pas la conversation. On n’était pas chez nous, on est des gens polis et de bonne éducation, alors on n’a pas fait comme chez nous, malgré les invitations à se détendre du taulier qui cherche à réchauffer l’atmosphère.

Quelques exemples de ce rapport direct avec le lectorat chez les participantes (oui, ça semble être plus féminin que masculin comme pratique, mais ça reste à vérifier ; voilà un très beau sujet à creuser pour qui souhaite s’y pencher)  à l’opération Odyssée de l’info :

  • Thien Et tu sais quoi cher lecteur, si toi, tu n’aimes pas surfer sur les eaux troubles de la perfide, mais si délicieuse piraterie, je te propose, oui rien que pour toi mon lecteur adoré, de regarder ci-dessous l’intégralité du premier épisode.
  • L. aime le cinémaL. aime le cinéma change de peau ! Ça fait un moment que je vous en parle ici et là et c’est vrai que j’avais un peu laissé le chantier en friche faute de temps et d’idées. Mais comme je l’ai toujours voulu, le blog prend maintenant la forme d’un webzine. Plus pro, plus clair, L. aime… vous propose désormais en une un maximum d’articles, de portes et de fenêtres vers mon monde merveilleux.  Si, sur la forme vous pourrez voir de nombreux changements, le fond reste le même et vous ne perdrez pas ce style indéfinissable et foutraque que vous aimez tant (ainsi que quelques fautes d’orthographe disséminées ça et là parce que tant de perfection et de propreté ça peut être stressant)…
  • Zoridae Un autre billet est en ligne depuis quelques minutes. Celui-là je l’ai rédigé en direct dans les bureaux de l’Express aujourd’hui. Une journée passionnante dont je vous parlerai plus longuement ce soir…

Un autre élément que je n’ai pas pris le temps de développer, c’est la question de la crédibilité et la visibilité. Si j’appelle en mon nom un ministre, une grande entreprise ou un artiste pour obtenir une interview, à moins d’avoir par ma vie personnelle un contact direct avec la personne ciblée, je vais me faire envoyer ballader. En appelant EDF au nom de l’Express pour avoir des informations complémentaires, j’ai eu une qualité d’écoute et de prise en considération de ma demande qui a été, bien entendu, exceptionnelle : on m’a passé une chargée de communication, puis une responsable marketing / offre de services en moins de 5 minutes, sans que j’aie à détailler plus avant ma démarche. Si je l’avais fait en mon seul nom, après éventuellement de longues explications, on m’aurait répondu que ces personnes ne sont pas là pour ça ou qu’elles n’ont pas de temps à perdre (ou un fameux : on vous rappellera, jamais suivi d’effets).

Car un média c’est une diffusion, une audience, et surtout si une personne ou une organisation ne répond pas aux questions ça peut aussi porter préjudice à son image. Un Eric Dupin sera peut-être bien accueilli au téléphone dans une société high tech, pour peu encore que la société en question connaisse Presse-Citron (et ça n’est pas dit !), mais Nathalie Kosciusko-Morizet le ferait-elle ? Et pour un Eric Dupin, combien de blogueurs complètement inconnus ? Un journaliste a donc davantage d’accès à des informations exclusives qu’un blogueur.

Enfin le blogueur est souvent seul et a la plupart du temps d’autres occupations : bloguer n’est pas son métier, c’est un espace personnel qu’il prend le temps d’entretenir en plus de ses autres activités. Ce qui manque au blogueur par rapport au journaliste est donc bien souvent le temps, car une journée ne dure que 24 heures (parfois bien remplies) et qu’hélas se passer de sommeil nuit à la santé. Lire ailleurs, commenter ce qui nous fait réagir, répondre aux courriels, mettre à jour nos profils sur les réseaux sociaux : la vie numérique est déjà bien chronophage avant même d’avoir commencé à écrire le premier mot d’un billet.

A suivre, comme le suggère le titre…

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7 Réponses

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  1. xtph said, on 17 janvier 2009 at 6:36

    La question a été traitée par Me Eolas récemment : On peut être journaliste sans être professionnel. Il suffit d’écrire un article destiné à la publication dans la presse, c’est à dire un texte de commande, dans un format imposé, sur un sujet d’actualité. J’ignore qu’elle est la source de cette définition, mais elle est opérative. Elle permet de distinguer au sein d’un blog tenu par un journaliste ce qui une note et ce qui est un article.
    Une chronique d’Eric Dupin écrite pour Enjeux/ les Echos, reproduite sur son blog est un article. Idem pour un article de Jean Quatremer publié dans Libération. (trois critère de l’article). Lorsque Gilles Klein écrit une note pour Lemondedublog, ce n’est pas un article (absence de commande et de format ; bien que Gilles soit journaliste et qu’il écrive « formaté »)
    Plus fin : lorsque Pierre Assouline reproduit sur son blog, une préface ce n’est pas un article (commande et format, mais pas actualité).

    Distinguer blogueurs et journalistes c’est moins opposer des activités que des types de textes.

    http://www.maitre-eolas.fr/2009/01/16/1281-quelques-propos-un-peu-en-vrac

  2. [ Enikao ] said, on 17 janvier 2009 at 7:21

    @xpth : j’ai la fâcheuse habitude de fonctionner parfois par référence trop induite. Dans une partie du débat que nous avons eu à la radio, j’ai indiqué que le blogueur écrit quand il veut, sur le sujet qu’il veut, s’il veut. Le journaliste est payé pour écrire, dans une ou des rubriques bien définies, à la date voulue par sa hiérarchie.
    Mais ce découpage et ces exemples sont intéressants, on est un peu d’ailleurs dans une dimension presque juridique avec la recherche du fait initiateur.
    Pour ce qui est de la définition du journaliste au regard de la loi, j’aime bien l’idée de la tautologie fiscale proposée par Narvic. Il faut prouver que plus de 50% de ses revenus proviennent d’activités de journalistes (je crois bien). Est donc journaliste celui qui, fiscalement, est journaliste.

  3. ieifdc said, on 18 janvier 2009 at 8:48

    En décembre dernier un article de Rue 89 publiait un article sur la mort de la blogosphère et reprenait les dernières actualités du moment, notamment le rapprochement des blogueurs de la presse traditionnelle et du monde de l’entreprise.

    Je t’invites à lire les commentaires laissés par les lecteurs, dont le mien ;-)
    Tu y reconnaitras le contenu d’une de nos discussion et notamment sur Marianne Mikko.

    http://www.rue89.com/en-pleine-culture/2008/12/03/va-t-on-vers-la-disparition-de-la-blogosphere

    Autre élément que j’aimerais rajouter et qui manquait à notre réflexion, c’est un archaïsme juridique sur la responsabilité des éditeurs et de la presse en ligne.
    Voir pour cela le livre vert sur les États généraux de la presse écrite.

  4. François Guillot said, on 19 janvier 2009 at 2:17

    Jusqu’à présent j’ai toujours défendu l’idée que la différence entre le blogueur et le journaliste est une différence entre pro et am. Ca reste le moyen le plus simple de structurer les choses. Mais la définition proposée par xpth – sur la différence non entre blogueur et journaliste mais entre billet de blog et article de presse est la première que je vois qui soit aussi bien structurée.

    Un contenu de commande, oui : cela nous ramène à la définition qu’on aime bien (le blogueur écrit quand il veut, le journaliste doit écrire) ; dans un format défini : tout à fait et c’est pourquoi nous sommes si nombreux à aimer le format blog qui nous donne une liberté très grande ; sur un sujet d’actualité : c’est peut-être le point qui peut le plus faire discussion dans cette définition, mais on peut entendre l’actualité de façon large.

    Bref, j’aime bien.

  5. ieifdc said, on 19 janvier 2009 at 6:02

    J’aimerais rebondir sur le terme d’amateur pour ajouter « éclairé », car bloguer exige de s’exposer. Or, (nous sommes en France, n’oublions pas), parler d’un sujet qu’on ne maîtrise pas peut se retourner contre son auteur.

    Pour être pertinent, il vaut mieux donc se documenter et maîtriser son sujet. On pardonneras au journaliste si celui-ci prends des raccourcis pour terminer un papier. Par contre un bloggeur traîneras longtemps l’erreur qu’il aura commise, professionnellement car on lui demanderas de se justifier en permanence. Si le Web s’en s’empare et que l’effet boule de neige en fait un buzz négatif, celui-ci sera dépassé par les évènements.
    Qu’en pensez vous ?

  6. martine silber said, on 19 janvier 2009 at 10:17

    Certains blogueurs sont très informés sur des sujets précis, ce sont en qque sorte des experts (crise dans les medias, http://crisedanslesmedias.hautetfort.com, par exemple, ou Transnets.) auxquels les journalistes peuvent faire appel…
    D’autres sont des journalistes passés au blog (c’est mon cas, mais il y en a de plus éminents) et qui conservent une certaine technique, une certaine façon de hiérarchiser l’information qu’ils donnent tout en ayant changé de support, de media, etc.
    Donc la frontière n’est pas absolue.
    Par ailleurs, si on appelle de la part de l’Express, du Monde ou du phare de l’île de Ré, les interlocuteurs ne réagiront pas de la même façon non plus. Le blogueur est seul, il n’a pas de chef qui va revoir sa copie, la corriger etc. Cette liberté a ses limites (pas de contrôle, c’est aussi le risque de faire des erreurs).
    Quant au temps, le journaliste de quotidien doit parfois faire très vite et c’est sa pratique, son entraînement, son expérience qui vont jouer.
    Mais pour quoi se positionner comme journaliste quand on est blogueur? pourquoi aller interviouver je ne sais qui?

  7. [ Enikao ] said, on 19 janvier 2009 at 10:39

    @martine : la frontière n’est pas absolue mais pour le moment j’en suis à l’étape où tout est simple, avec les blogueurs pas journalistes d’un côté et les journalistes pas blogueurs de l’autre. Bien entendu, certains sont à la croisée des chemins, c’est souvent là qu’il se passe des choses intéressantes.
    Sur la solitude du blogueur, c’est un sujet en cours de maturation pour l’épisode 2.
    Pour le temps, je précise que le journaliste calque son rythme de travail de mise en forme de l’information sur une journée normale (pour la plupart les horaires de bureau, dira-t-on pour simplifier). Le blogueur qui a un travail est souvent condamné à une écriture plus interstitielle, glissée entre deux activités, voire morcelée (un bout ce matin, la suite à midi, les liens et la relecture ce soir). Peut-être cela ne vaut-il que pour moi, en fin de compte.
    Pour ce qui est de l’interview, c’est l’accès à l’information de source plus proche de l’objet étudié qui m’intéresse : auteur, réalisateur, député auteur d’un amendement, chef d’entreprise… Pour vérifier ou croiser une information, voire confronter des points de vue ou des déclarations, même sans être journaliste, parfois j’aimerai bien poser la question directement à une personne bien placée. Est-ce si fantasque ?


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