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Le temps de la maturation, au tribunal comme à la rédaction

Posted in § - Midia, D - Costik, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 20 mars 2009

Il y a des découvertes qui prennent les chemins de traverse. Le radar, l’électromagnétisme, les Amériques ou encore Uranus en sont des exemples. Un peu de hasard, une réflexion qui suit plusieurs chemins, puis le rapprochement fortuit et le coup de poing mental : une révélation. Quelque chose de neuf, là, sous nos yeux.

Les faits sont jugés comme les prévenus, la salle de rédaction est un tribunal.

C’est une visite à la Conciergerie qui a été le déclencheur de cette nouvelle façon de voir les choses. Le guide, bonhomme volumineux et volubile à l’accent chantant et au verbe haut,  parle de la Terreur et de la guillotine, qui n’a absolument pas été inventée par le bon docteur Guillotin, et dont il n’a pas été la victime contrairement à ce que la rumeur populaire voudrait.

L’origine de cette désignation viendrait d’une querelle avec des journalistes venus à l’Assemblée accompagnés de demoiselles à l’affection négociable, que le docteur aurait tancé vertement pour leurs lutineries en pleine séance (on n’est pas au bordel, d’où viendrait le parallèle entre bordel et chahut dans le langage courant). Lesquels auraient renommé par vengeance ce qu’on appelait la Louisette ou la Mirabelle en Guillotine. Et plus le docteur qui souhaitait unifier les peines capitales (écartèlement, pendaison, décollation…) a nié, plus les journalistes ont insisté. Comme quoi, depuis un moment déjà, on ne badine pas avec certains gardiens de l’opinion…

En pleine salle des pailleux, ancienne salle des gardes, le guide explique que la Terreur avait institué une justice expéditive et lapidaire qui étêta 2 800 personnes. Moins de 3 000 victimes à peine en quelques 700 jours, pourrait-on dire, car dans l’image populaire la Terreur aurait versé des fleuves de sang alors que la moyenne de 4 exécutions par jour ne semble pas colossale. A titre de comparaison, l’Iran est à environ une exécution par jour en moyenne, les chiffres pour la Chine ne sont pas connus mais seraient bien supérieurs. La suppression des avocats et des témoins à décharge souhaitée par Robespierre permettait d’accélérer considérablement le traitement des affaires, qui se voyaient d’ailleurs donner deux suites possibles seulement : l’acquittement ou la peine capitale.

Rappelant que la Conciergerie, ancien élément du Palais de la Cité où la justice (un terme qui me gène considérablement) est rendue depuis longtemps, le guide annonce sourire en coin que « certes, on reproche à la justice d’aujourd’hui de prendre du temps, mais on sait que pour faire les choses correctement il faut confronter, trouver des éléments de preuve, vérifier. Et le juge doit assimiler, comparer, comprendre pour restituer« . Limpide.

Et le parallèle avec l’information se fait immédiatement. En premier lieu, bien entendu, le temps de la vérification, de la comparaison, de la mise en perspective, qui est nécessaire pour produire une information de qualité mais aussi pour éviter une information elle-aussi expéditive. Fondée sur des informations non vérifiées, sans confrontation, elle devient aussi dangereux qu’un appareil judiciaire et peut produire des effets tout aussi néfastes en s’appuyant sur la rumeur et en condamnant… publiquement à l’opprobre publique. Effectuer un jugement demande plus que de la jugeote, il y a une procédure, et oui, c’est parfois long.

Bien sûr, on peut expédier rapidement, on peu traiter efficacement en faisant bref, mais le risque est de ne pas voir certains détails alarmants, de ne pas sentir qu’il y a quelque chose de louche, de ne pas garder à l’esprit que les apparences sont parfois trompeuses et que le flair n’est qu’un pifomètre un peu plus performant qu’un pile ou face qui ne saurait tenir lieu de réflexion.

L’autre rapprochement né de cette rencontre, qui peut sembler être une tarte à la crème, c’est la dimension biologique de l’information, et pour être plus précis la dimension digestive. Ce rapprochement est bien compris, bien connu, mais il m’est apparu avec davantage d’acuité. Pour les nutriments comme pour les informations, nous disons qu’il faut les assimiler. Il existe une malbouffe, sursaturée en graisses et en sucres, qui manque de variété, de vitamines et de fibres, qui est consommée un peu n’importe quand et à la va-vite. La malbouffe crée des déséquilibres et entraine un surpoids voire l’obésité : le corps stocke ce qu’il n’assimile ni n’élimine.

Il existe aussi une mal-information, sursaturée en titres accrocheurs et en formulations ambiguës voire fallacieuses, consommée en flux permanents et répétitifs (radios et chaines télévisées de journal permanent, fils de dépèches, ou encore machine à cracher de la news telle que l’imagine Alain Weill). La mal-information engendre elle-aussi ses désagréments : perte de la capacité de concentration, consommation frénétique et irraisonnée, stress, accumulation de données non assimilées qui mène à l’infobésité.

Face à cette overdose d’informations de mauvaise qualité, sans saveur, où tout sa vaut, l’envie de rendre est parfois similaire à un gavage bien physique, lui. Cette mal-information, les hyperconnectés la connaissent bien et plus encore que les autres : imaginez vivre en permanence à côté d’un distributeur de confiseries et de sodas. Avec en plus des portions de mauvaus fromage et de charcuterie de piètre qualité qui défilent sous blister sur un tapis roulant. Voilà. C’est bon, de faire une petite diète, parfois…

3 Réponses

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  1. ieifdc said, on 20 mars 2009 at 8:26

    Un seul mot me vient à l’esprit : Excellent…
    La diete me semble cependant difficile car malheureusement la production d’information croît de façon exponentielle sur le WEB.
    Car le problème c’est que l’infobesite se nourrie d’elle-même, si nos capacités cognitives sont limitées. Le web a lui une memoire à très très long terme. Il n’existe pas encore sur le WEB un droit à l’oubli…. Et dans le domaine de la mal-information on aimerait parfois que cela existe, un peu comme les mauvais film de cinema, que l’on regarde pour se vider la tete et qu’on oublie dès la sortie du cinema…. Le paralelle marche aussi avec les emissions de tele realite….

  2. faben faben said, on 23 mars 2009 at 1:03

    Tres juste, la banalisation de l’information et la culture est ce que les menera a leur perte…

  3. ieifdc said, on 23 mars 2009 at 6:47

    Yep, a moins de faire un exil volontaire au fin fond d’un monastère du larzac ou comme 007 hier dans un monastère en crête…. Je ne vois que le Bouthan ou la cordilière des andes… Peut etre que le plateau des milles vaches….


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