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Blogosphère, statusphère, médiasphère ? Non, infosphère

Posted in ∞ - Toudoto, ♪ - Saoundz, § - Midia, П - Politix, Ф - Nutek, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 19 avril 2009

La statusphère, qui tire son nom de status et renvoie au quelques mots que l’on met sur ses profils, serait composée des myriades de messages mis en ligne par les utilisateurs sur les réseaux de type Facebook, MySpace, Friendfeed, Gtalk, Plurk, identica, aka-aki… Sa nature, sa puissance en tant que chambre d’écho rapide fait de cette statusphère l’objet de débats animés et d’analyses intéressantes sur les relais d’influence. Elle est également mise en comparaison avec la blogosphère pour en percevoir différences et similitudes.

Pourtant la statusphère n’existe peut-être pas, du moins pas dans un sens aussi vague et inclusif. Car on met dans un même panier différents types d’articles sans vraiment de rapport entre eux, on oublie les interactions, et surtout on raisonne en vase clos.

Le terme status est d’abord totalement trompeur parce qu’il renvoie au statut, ce que nous disons de nous sur les réseaux sociaux dans la partie idoine. Mais qui continue à répondre réellement à la question « what are you doing ? » Et parmi ceux qui le font, les suivons-nous sur Twitter par exemple ? Non, sauf si les éléments de vie privée restent une part marginale du volume généré par cette personne, ou bien si cela présente un autre intérêt plus profond (analyse sociologique d’un type de twitter, ou bien un style humoristique original) ou si nous ayons un lien affectif avec cette personne, même à sens unique (une célébrité que l’on apprécie par exemple). D’ailleurs en toute logique, la vraie réponse à cette question ressemblerait à « twittering », ou « filling the blank form » si nous étions honnêtes…

Le lifecasting est depuis un moment devenu mindsharing sur Twitter, qui n’a rien à voir avec le statut Facebook où l’on continue plus volontiers à raconter ce que l’on fait dans sa vie privée. Les usages ont bien changé depuis le début, les outils ont été détournés pour faire de ce qui ressemblait à commérages triviaux de nouveaux moyens de partager idées et informations. Aussi, si les status continuent bel et bien d’exister, leur intérêt très limité en tant que source d’information les rend inintéressants et inexploitables. En revanche les micro-expressions au format court sur Twitter ou par l’agrégation de liens connaissent une activité grandissante et présentent un intérêt informatif bien plus poussé.

Et si l’on raisonnait désormais en terme d’infosphère ? La tentation serait grande de parler de médiasphère tant l’individu est devenu son propre média personnel grâce aux nouveaux outils de partage en ligne. Texte, messages courts, photos, commentaires, liens, podcasts audios et vidéos, présentations, partage de liens dynamiques, partage de documents avec participation des usagers (la République des blogs est un wiki, par exemple)… La richesse des contenus et de leur forme est ouverte, il « suffit » de produire.

Mais il est un peu prétentieux d’avancer que nous sommes, voire que nous souhaitons être, des médias personnels. Pourtant, l’influence et l’expression  ne se mesure plus à la seule blogosphère, ni même aux autres formes d’émission d’information comme les formats courts que les classements de blog ne prennent déjà pas en compte. De plus, si nous émettons tous plus ou moins d’information, il existe un tel niveau de différence en volume (la qualité sera l’objet d’autres débats) que nous ne pouvons pas inclure tout le monde dans une médiasphère. Ma voisine retraitée et non connectée, par exemple, n’émet que très peu d’informations.

Depuis quelques temps déjà, les médias classiques ainsi que les pure players du web ont intégré les blogs dans leurs sources d’informations. Par ailleurs, blogs et réseaux sociaux commentent, contredisent, soutiennent, nuancent ou complètent les médias. La symbiose, ou des formes d’équilibres sont à l’œuvre depuis un moment déjà alors que pour la plupart des blogueurs l’idée d’écosystèmes isolés les uns des autres demeure. La surface d’expression de chacun va au-delà du seul outil, elle est synergique au sens où la participation active à un média classique, le fait de commenter régulièrement, publier des billets, avoir de nombreux amis sur Facebook et autres LinkedIn qui reçoivent des mises à jour de nos productions contribuent à une « part de voix » globale. Et jusqu’à présent personne ne prend cela en compte dans sa globalité, on continue de faire semblant.

Imaginerait-on que la popularité d’un chanteur se mesurerait au seul nombre de disques vendus, au nombre de passages à l’antenne de son dernier tube ? Ce serait absurde, même si à ce jour on en est restés là. Ne faut-il pas prendre en compte les interviews dans les médias, le nombre de chansons différentes diffusées en radio, le nombre de clips vidéos diffusés, les chansons intégrées dans des films ou des publicités, le nombre de concerts dans l’année, la taille des salles, le fait d’avoir un fan club plus ou moins officiel, une activité en ligne régulière et animée (forums, Dailymotion, MySpace, page personnelle Facebook…) ?

Par ailleurs, j’aime beaucoup l’idée d’infosphère que je reprends à Dan Simmons, une idée qu’il développe en particulier dans Endymion, suite d’Hypérion. Ce qui y est décrit comme « l’espace-qui-lie » est à la croisée des chemins entre la matrice des intelligences artificielles façon Matrix, une warp zone qui permet de s’affranchir de la distance en entrant en résonnance avec un autre endroit,  mais aussi encore autre chose de plus mystique, qui a une dimension même christique et se fonde sur l’empathie, la communion non pas avec l’autre mais avec l’univers lui-même dans toutes ses dimensions.

C’est là qu’en français nous avons un problème de mots, car lier porte une connotation de contrainte alors que lier sur le web est au contraire libérateur. Nous devrions dire relier, au sens de créer du liant. Tisser des connections, favoriser les synapses plutôt que le neurone comme le disait un oiseau borgne. Et c’est bien ça l’idée de l’infosphère comme espace-qui-lie : matière, idées, signaux, tout transite et vit sur un même support qui préexiste en toile de fond, auquel on accède par différents moyens qui sont plus ou moins nocifs pour la trame même de cet espace-qui-lie, qui exploitent et polluent ou respectent voire favorisent l’extension de cette trame de fond. Mass media, information en boucle, réseaux sociaux, réseaux communautaires, formats longs, formats courts, formats dynamiques, bouche-à-oreille, tout contribue à alimenter cette infosphère.

L’infosphère a évolué dans le temps avec les moyens de communication que nous avons développé, en reliant d’abord physiquement les hommes entre leurs lieux de résidence, puis en permettant la communication sans déplacement, et désormais des outils numériques mondialisés, multimédias, mobiles. Le numérique a ceci de particulier qu’il permet l’automatisation des calculs, la recherche contextuelle, l’indexation, l’usage de mots clés et de nouvelles taxonomies individualisées, le vote des lecteurs… Autant d’éléments qui devraient faire ressortir plus clairement quelles sont les voix les plus entendues, les plus écoutées, les plus influentes.

Je reste étonné que l’infosphère ne soit pas plus observée dans sa globalité. Peut-être qu’il y a là un travail à la fois titanesque (il faudrait le faire pour chacune des voix ?) et effrayant (il faudrait collecter tout d’une personne). Mais négliger les intéractions alors que nous pouvons désormais suivre les traces numériques est tout de même paradoxal.

Par exemple le temps de parole du Président va être désormais être comptabilisé en partie dans le temps d’expression du Gouvernement. Mais personne n’a cherché à mesurer quel effet de levier Nicolas Sarkozy peut déclencher avec une petite phrase : vidéo mise en ligne (la fameuse citation du Salon de l’Agrculture 2008), groupes Facebook parodiques, caricatures de presse, interviews d’autres personnes au sujet de ladite phrase, débat télévisé en plateau qui mentionne la petite phrase, les blagues de bureau sur le même sujet…

Cet exemple est un peu gros mais ne serait-ce que dans un petit microcosme des blogueurs nous sommes face à la même problématique. Dans l’infosphère, nous émettons mais ne savons pas à quelle force, ni vers qui, ni à quelle vitesse. Nous n’avons que des mesures partielles. Alors soit on reconnaît que nous cherchons encore à mesurer le vent au doigt mouillé et il faut dès  présent réfléchir à trouver d’autres moyens d’analyse plus pertinents, soit on peut aussi renoncer complètement à mesurer quoi que ce soit.

Pour ma part je réfléchis et fais des analyses à petite échelle dans mes billets du [Lab] grâce à l’expérience procurée par ce blog. Quoi qu’il en soit les enjeux marketing sont trop importants dans la société pour que l’on renonce définitivement à toute mesure de l’influence du web. Simplement il va falloir songer à ouvrir les mirettes, à se déboucher le tarin et à se débroussailler les feuilles…

[Edit 22/06/09] En fait, un article de Wikipedia donne une bonne définition de l’infosphère en citant Dan Simmons et Teilhard de Chardin.

6 Réponses

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  1. Mathieu said, on 19 avril 2009 at 10:14

    Bel article sur l’infosphère. Je le relirai à tête reposée et tenterais de poursuivre avec une discussion plus construite dans les commentaires, mais je trouve intéressante votre façon de présenter votre réflexion « holistique » (?) si je peux me permettre.

    Dans tous les cas, si l’on reprend les termes de l’inventeur du web en personne, oui, le web serait un peu l’humanité connectée (dans l’infosphère donc ;-)), enfin ce n’est pas figé mais je trouve que c’est une belle vision.

    Avez-vous vu cette présentation de Sir Tim Berners Lee lui même ? dans laquelle il nous donne sa vision de l' »espace-qui-lie » dans le temps et l’espace : linked data

    http://forx.fr/post/2009/03/17/Linked-Data

    @bientôt

  2. Marie said, on 20 avril 2009 at 9:31

    Billet très intéressant, merci. Petite perspective en plus, si j’ose.
    Webophile convaincue, je ne pense pourtant pas qu’on puisse réduire l’infosphère à l’Internet. Un buzz sur la toile reste… sur la toile. Essayez de parler à vos parents de la fameuse vidéo du salon de l’agriculture: s’il l’ont vue, c’est bien souvent lors de sa rediffusion à la télévision.
    Pour le moment, on ne peut pas encore vouloir observer cette connexion de l’information en dissociant le Web de la radio, des journaux… et surtout de la télé.
    Mais c’est vrai que les connexions entre les différents médias, en plus des connexions internes au Net rendent le travail de conception globale encore plus titanesque.

    – Marie Amélie

  3. [ Enikao ] said, on 20 avril 2009 at 10:11

    @Mathieu : merci pour le lien, c’est très intéressant en effet. Mais Tim Berners Lee est dans une dimension technologique de l’analyse des données qu’il veut retirer des silos. Je me situe, avec ce billet, davantage dans la question de l’empreinte personnelle au sens de « emprise sur le réel » que nous exerçons sur notre entourage plus ou moins proche par les moyens de communication. Or je ne suis pas sûr que ce que je cherche à faire découvrir, cette influence sur notre entourage plus ou moins proche, soit mesurable dans son intégralité. L’infosphère dépasse le seul cadre technologique de la connexion, il faut y voir tout ce qui nous relie à une certaine forme d’information et à ce qu’en ressentent les autres. C’est une forme de lieu où s’ébattent nos empathies, une sorte de somme des auras de chacun qui rayonnent de nos manières d’être présent au monde. Et dans cette infosphère, il y a des auras plus ou moins denses, qui émettent plus ou moins fort, plus ou moins régulièrement, plus ou moins loin, plus ou moins vite, qui influent sur les auras plus ou moins voisines… Peut-être est-ce en apparence un peu mystique mais j’espère être plus clair.

    @Marie Amélie : mais qui a dit que je réduisais l’infosphère à Internet ? Au contraire, j’intègre dans cette infosphère nos divers rapports au monde qui nous entoure : Internet et nos interactions numériques, médias classiques, mais aussi… interactions physiques, réelles. La discussion entre personnes, le débat, la confrontation. Mon propos était de dire que réduire la mesure à la seule blogosphère, c’est occulter les autres espaces numériques, les espaces médiatiques que nous occupons, et éventuellement l’espace dans une sphère plus privée et restreinte.

  4. Marie Amélie said, on 21 avril 2009 at 9:01

    Je me suis mal exprimée: je suis juste un peu préoccupée par la séparation entre la circulation de l’information sur le Web et celle des autres médias. J’ai l’impression que les ponts sont encore peu nombreux et bien souvent tardifs, lorsqu’il s’agit de passer une information du Net en dehors….
    Merci pour la réponse supplémentaire, et la réflexion sur le « cadre technologique ».

  5. [ Enikao ] said, on 21 avril 2009 at 9:52

    @Marie Amélie : cette séparation tend à se réduire un peu il me semble, de nombreuses têtes de pont sont établies grâce aux chroniques (surtout radios) ou aux pages consacrées au web. Mais pas seulement : des pages thématiques classiques reprennent des informations 100% web, ou reprennent le traitement du web, ou encore font réagir des émetteurs du web. L’approche est timide et souvent encore cloisonnée dans des silos (ceux que décrit Tim). L’interpénétration des deux sera progressive mais elle a, il me semble, en partie commencée. Un peu comme une rivière de plus qui viendrait se jeter dans la grande mer de l’infosphère et y apporter ses alluvions, ses courants et ses vagues…
    A ceci près que les médias sont contraints par un facteur désagréable car peu malléable : le temps ! Conférence de rédaction, décision, validation, vérification, réflexion, mise en perspective, relecture, mise en forme, prise de son / tournage / édition… le processus doit suivre son chemin.
    Le décalage semble donc inéluctable et le web aura nécessairement un temps d’avance sauf à obtenir du confidentiel ou de l’exclusif. Ou alors à cesser de produire en groupe et à renoncer aux marques médias pour devenir tous des médias individuels. Pour la qualité de l’information, la prise recul et la fonction de journaliste (désolé, je le mets en dernier), ça n’est pas souhaitable.

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