[ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés

Bilan

Posted in < - Kouote, ∞ - Toudoto, □ - Lotek, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 1 juin 2009

Comme promis, je reviens sur un an de blog, ici, qui fut aussi un an de commentaires ailleurs, mais malgré leurs tentatives, Backtype et autre Disqus ne sont pas au point et je ne retrouve pas tous mes petits oeufs. J’en resterai donc à l’analyse de ce seul blog et laisse les commentés faire la critique de ma participation chez eux.

Merci à tous ceux qui m’ont encouragé, même à ceux qui veulent me forcer la main. Vous êtes tout de même bien indulgents : pas une critique, pas un regret, pas une remarque négative. Alors qu’il y en a, des choses à dire.

Il a déjà été évoqué dans le billet anniversaire tous les bienfaits de ce blog : structuration de la pensée, expérience impliquante, participation à différents projets, rencontres passionnantes et relations établies dans la durée (je l’espère) avec des gens très intéressants et d’horizons divers. C’est pourquoi le [ Blok Not ] se voit reconduit, pour une période encore indéterminée mais qui pour le moment se compte en trimestres.

Il manquait à ce billet les remerciements usuels, mais en plein Festival de Cannes ç’eut été indélicat et m’aurait valu d’être taxé au mieux de plagiaire, au pire d’égocentrique. Tenant à la politesse, il est temps de réparer cette omission.

  • Les premiers mercis reviennent à Mediapart et à Catherine Nivez (sa revue de blogs sur Europe 1 a disparue), qui ont drainé ici les premiers visiteurs non aléatoires. Le scoop qui ne sert plus à grand chose mais que j’ai envie de fournir tout de même : Catherine avait trouvé mon blog en lisant un de mes commentaires chez Francis Pisani.
  • Les seconds remerciements vont à Laurent Gloaguen, qui m’a permis le jour de son pot de départ de me montrer physiquement et de rencontrer d’autres blogueurs. C’était d’ailleurs une sacrée tablée : Bénédicte, Olivier, Maître Eolas, Richard, Laurent, Vicnent et Gonzague. Pour un baptème du feu…
  • Les troisièmes remerciements vont à Laurent François et Eric Mettout, parce que l’opération 3001 l’Odyssée de l’info m’a beaucoup apporté. Je dirai même plus, ma réflexion sur les médias, leur rapport au blog et tout le bouzin s’est accélérée depuis. Au point que ce que j’en ai pensé fin janvier n’est déjà plus tout à fait valide aujourd’hui.
  • Les derniers vont à ceux qui, de près ou de loin, dans le détail ou en biais, lisent ce blog et le commentent parfois. Ils sont peu nombreux, divers, la plupart sont de grands phares comparés à cette petite loupiote tenace difficile à entretenir. Qu’importe. Pour reprendre une récente phrase de Thierry Crouzet que je tronque volontairement : Le but d’un blogueur n’est pas d’avoir des visiteurs mais de créer des connexions, de partager, d’échanger, de construire une réflexion globale.

Passons à un peu d’autocritique, puisque personne ne veut s’y coller.

Une personne qui me lit sans pour autant me commenter m’a indiqué que les [Brik a Brak], sorte de fourre-tout hebdomadaire, ont disparu de la circulation et que c’est bien dommage. C’est particulièrement vrai depuis que j’utilise Twitter, qui de fait sert de fourre-tout. Parfois je regrette à mon tour de ne pas avoir persévéré, pour stratifier davantage ces petites remarques et les inscrire dans une forme de frise chronologique. Mais il faut bien reconnaître que ce type de billets n’apportait pas une lecture intéressante de quoi que ce soit, et qu’en plus ils drainaient un trafic fortement non qualifié et fortuit, induit en erreur par des mots-clés sans rapport avec le contenu.

De nombreux billets devaient avoir une suite, qui n’a pas été réalisée et que personne n’a réclamée. Il n’y aura pas d’indices sur les billets incriminés, mais plusieurs débuts de réflexion sont dans ce cas. Soit l’attention est faible quand on lit les billets du [ Blok Not ], soit les billets en question n’intéressaient pas tellement (cela arrive), soit personne n’en tient rigueur à l’auteur et cette désinvolture m’étonne quelque peu. Je suis parmi les premiers à faire des réclamations quand un blogueur promet une suite et que personne ne voit rien venir. Il n’y a pas de raison pour qu’il en soit autrement ici.

Les délais de mise en ligne ou de contribution externe n’ont pas toujours été respectés, mais manifestement cela n’émeut plus personne.

La ligne éditoriale est devenue inexistante en assez peu de temps. Elle était déjà bien floue au départ, entre l’analyse des signaux faibles, la communication et les réseaux sociaux. Finalement, ce blog s’est intéressé aux médias, à la symbolique, aux marques, au crédit et à l’influence, aux pratiques du blogging… En revanche, la signature du [ Blok Not ] conserve sa pertinence, probablement parce qu’elle est très générique : Kronik | Umeur | Ydés. J’ai crû noter que le style [Enikao] semblait se répandre sur Twitter avec des catégories entre crochets, en particulier ici. Un jour je vérifierai l’antériorité de cette pratique et réclamerai le cas échéant des copyleft.

Le type d’expression a beaucoup changé. Sans aller compter précisément le nombre d’occurence, ce [ Blok Not ] au départ très impersonnel et neutre a été colonisé par les je et les moi. Cette personnalisation est venue imperceptiblement, elle est devenue croissante à mesure qu’Enikao a rencontré des gens dans la vraie vie. Un personnage public est né et a pris la parole dans certains médias, il a participé à des discussions, bu un coup et ri, donné son avis et son ressenti. Il a peu à peu pris son indépendance et s’est emparé du style plus froid et détaché des débuts pour en faire quelque chose de plus personnel alors qu’à l’origine cette distance était un exercice volontaire. Comme le demandait Palpitt : jusqu’où peut-on participer à une analyse sociologique sans s’impliquer, sans s’exposer ? L’immersion nécessaire à l’appréhension des différentes dimensions du vécu du sujet observé implique-t-elle à un moment donné d’être partie-prenante ? Ce qui expliquerait en partie le syndrome de Stockholm ? Me voilà piégé, c’est un fait. Voyons combien de temps je tiendrai.

Certains trouvent que je suis dur mais en réalité je suis simplement exigeant. C’est une chose dont on prend conscience en empruntant certaines voies : si l’on ne sait pas un minimum de quoi l’on parle, si l’on n’apporte rien (par exemple un regard extérieur ou un questionnement, ou une nuance, ou un peu de poésie), alors autant ne rien dire. L’enjeu n’est pas la quantité de production, mais sa qualité. L’enjeu n’est pas de parler d’un sujet, mais de réfléchir et de faire réfléchir sur ce sujet.

La lecture de cet OVNI littéraire qu’est le « Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes » de Robert Pirsig, qui fut pour moi un coup de poing métaphysique, permet d’expliquer cette démarche. Il s’agit d’un road-book philosophique centré autour des méthodes pédagogique, de l’apprentissage et d’une dissertation sur ce qu’est la qualité. La réflexion part de l’entretien d’une moto (avec force détails passionnants sur le rapport à l’outil, la compréhension de la mécanique et l’acquisition d’expérience) et des deux manières d’aborder la technologie (utilitariste ou analytique) pour aller vers la dissociation des paradigmes philosophiques grecs entre la vision apollinienne et dionysiaque. L’enjeu de cette réflexion est le rapport au monde dans une approche zen : faire un avec ce que l’on entreprend, comprendre plutôt que faire, rester humble, et retrouver dans les objets technologiques la racine grecque du mot τέχνη (teknè, l’art).

Définir positivement ce qu’est la qualité est d’une difficulté peut-être indépassable. Pourtant, nous savons ce qu’est la qualité car nous distinguons assez aisément ce qui est de qualité de ce qui ne l’est pas. L’auteur et héros de l’histoire trouve une parade classique qu’emploie la logique en pareille situation : on peut prouver qu’une chose existe si l’on constate un changement quand on retire cette chose du monde. Enlevez la qualité, que se passe-t’il ? Il n’y aurait pas d’art, tous les produits similaires se vaudraient (il n’y aurait pas de marketing !), peut-être même n’y aurait-il pas de quête du mieux et donc pas de progrès, et nous ne regretterions pas la fermeture de novövision… donc la qualité existe, et si nous sommes mis en sa présence nous sommes en mesure de la reconnaître pour telle. CQFD.

On peut faire une démonstration similaire avec tout élément non-consistant et relevant du fantasme collectif (la patrie, la justice) ou encore avec des mensonges collectifs acceptés comme norme sociétale (l’honneur, l’argent) : même si une chose est totalement artificielle et ne repose sur aucun élément tangible, elle peut avoir des effets très importants si suffisamment de monde y croit. C’est une des théories de Terry Pratchtett concernant la croyance : on prend souvent le problème par le mauvais bout en pensant que la chose préexiste et que la croyance s’y accole, alors que très certainement c’est la croyance qui crée de facto la chose, quitte à ce que celle-ci évolue d’une manière un peu indépendante une fois née et suffisamment solidement ancrée dans les esprits.

Le rapport avec ce qui précède ? Enikao n’existe pas à l’Etat Civil, mais il s’essaie à la qualité, avec plus ou moins de réussite. C’est difficile, parfois douloureux, impromptu, passionnant, fatiguant, prenant, excitant. Rendez-vous dans un an pour le prochain bilan. Ou bien avant. Qui sait ?

9 Réponses

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  1. tcrouzet said, on 1 juin 2009 at 4:01

    La version tronquée me va très bien ;-) Je crois que j’ai jamais mieux décrit ce qu’étais pour moi le blog, en tout cas mon blog.

  2. Macsym said, on 1 juin 2009 at 5:33

    Ah ce cher Laurent ! Il a le don pour créer justement ces connexions dont vous parlez avec Thierry Crouzet !

  3. narvic said, on 1 juin 2009 at 7:50

    Ce qui est rare et précieux, ce sont les gens qui se posent des questions intéressantes, même s’ils n’ont pas les réponses. C’est ce que l’on trouve sur ton blog comme dans tes commentaires sur d’autres blogs. ;-)

    Ces questionnements justifient la lecture, mais ne débouchent pas forcément sur une conversation, ils ne sont souvent qu’une invitation à la réflexion. Il est donc peut-être utile de te rappeler de temps en temps qu’on te lit, parce que c’est intéressant, et que tu n’écris pas en vain, même si on ne commente pas beaucoup. ;-)

  4. [ Enikao ] said, on 2 juin 2009 at 10:48

    @Thierry : Je crois que c’est une assertion valable pour d’autres blogs, mais c’est effectivement très bien dit !
    @Narvic : Merci du compliment ! Il ne s’agissait pas vraiment d’engager une conversation sur ce qu’est ce blog et ce qu’on y trouve, mais éventuellement de recueillir les ressentis afin de progresser. Bien entendu, les encouragements font toujours très plaisir :-) Toutefois, emboîtant le pas à Jérôme Cardan (sans le côté illuminé, ni le génie) et à l’exercice d’autocritique auquel il se livra dans « De propria vita » et qui stupéfia jusqu’à ses détracteurs les plus féroces, j’ai souhaité éviter les satisfécits et mettre plutôt en avant les ratés, les manques et les insatisfactions, tant personnelles que des lecteurs qui m’en ont fait part in vivo. Cela étant fait, nous pouvons passer à la suite ;-)

  5. Laurent said, on 2 juin 2009 at 9:56

    Je rejoins Narvic : c’est rare

    je reviendrai dans un post plus en détails sur tes points

    je dirai un « bravo », car finalement le blog est à l’information ce que le théâtre est à la fiction.

    j’y reviendrai

    merci m’sieur.

  6. Laurent said, on 3 juin 2009 at 10:26

    Je rejoins le cortège des félicitations pour cette année d’exercice studieux. Je fais partie de ces fans qui n’auront jamais l’assiduité, l’éclectisme, l’intelligence, la spontanéité, le style et je ne sais quelles autres qualités pour faire un blog aussi personnel, identifié et fouillé que le tien.

    Alors oui, tu fais partie, comme Narvic, de ces auteurs que je lis. Et que j’apprécie, même si je ne commente que peu, estimant n’avoir rien de pertinent à ajouter.

    Et même si parfois je ne comprend pas tout ce que tu écris – aveu réalisé de mon plein gré et sans la moindre honte, tu sais que je trouve parfois ton style un peu trop « tordu » et pas assez direct – je continue de lire le Blok Not car je trouve l’exercice stimulant et enrichissant.
    Exactement ce que je recherche à travers mes lectures de blog.

    PS : moi aussi j’aime bien le Brik à Brak.

  7. [ Enikao ] said, on 4 juin 2009 at 8:55

    @Laurent : ouh là, merci, c’est trop ! :-) Je sais mon style ampoulé, je vais travailler à le rendre plus clair. Il résulte en partie de la volonté de distance, la personnalisation devrait donc faire du bien dans ce sens. C’est parfois aussi bourré de références et de nuances, au risque d’offrir trop de niveaux de lecture différents, mais là j’ai plus de mal à m’en défaire.
    Pour le Brik a Brak, on va voir ce qu’on peut faire. J’ai peut-être trop privilégié Twitter et considéré que cela ferait doublon. Le souci, c’est de trouver ou de mettre de côté un peu d’inédit.
    @Laurent (l’autre !) : étonnant, toi aussi tu compares le blog au théâtre. Je pensais même, pour être précis, à un one-person show. Exercice périlleux et engageant s’il en est.

  8. Eric said, on 4 juin 2009 at 4:20

    Bravo, tu as créé un style et imposé des thèmes de réflexion.
    [Ton usage des parenthèse, c’est très fort].

  9. gonzague said, on 5 juin 2009 at 3:49

    Ma mémoire est affreuse … Il va falloir que je fasse appel aux pouvoirs magiques de Richard pour mettre un visage sur ce blog :=)))


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