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L’Express expérimente un « débat » sur Twitter, ou plutôt une cloud micro-interview crowdsourcée

Posted in ∞ - Toudoto, § - Midia, П - Politix by [ Enikao ] on 22 juillet 2009

L’Express.fr a proposé à trois personnalités politiques présentes et actives sur Twitter de répondre pendant une heure aux gazouilleurs français, voire francophones. Personnes actives, car avoir un compte ne suffit pas. Tout dépend de ce que l’on y fait, si l’on donne de l’information exclusive (qui n’est pas déjà présente ailleurs), si l’on engage la conversation, ou bien si on s’en sert d’agenda partagé ou de flux RSS ce qui est aussi inutile que détestable. Les trois invités d’hier sont pour leur part des gazouilleurs plutôt avisés :

  • Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique
  • Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste
  • Alain Lambert, sénateur de l’Orne, ancien ministre du Budget (et papa de la LOLF avec Didier Migaud)

Petite analyse de cette expérience étrange qui se présentait comme un débat et qui n’en fut pas un.

L’idée de l’Express était prometteuse parce que les trois invités engagent réellement la conversation avec leurs abonnés Twitter et se sont trouvé un style bien à eux. Ils se sont manifestement approprié l’outil. Toutefois, plusieurs éléments ont faussé le jeu.

  • Contrairement à un chat dont sont coutumiers le Journal du Net ou La Tribune, il n’y avait pas de modération. Aussi les questions ont fusé dans tous les sens. Tout n’était pas sérieux, il y a eu un peu de provocation de la part de Vogelsong ou bien de Ca réagit en direction de Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple.
  • Chacun des invités se prêtant à l’exercice étant où bon lui semble et n’étant pas surveillé, il peut y avoir un doute sur l’identité réelle de la personne qui écrit. Autant ce format est léger puisqu’il ne nécessite qu’un ordinateur et une connexion à Internet, autant on se trouve confronté au risque du communiquant qui porte la casquette de l’invité et que personne ne peut démasquer faute de preuves. La confiance est un élément clé de la réussite de cet exercice.
  • Peu de participants ont suivi la consigne qui fixait les termes du débat, et puisqu’il n’y avait pas de modérateur (et le pouvoir coercitif qui va avec) personne n’a rappelé participants ou invités à l’ordre. Pour rappel : Premier thème du débat, le rôle de Twitter et des réseaux sociaux pour les politiques. Pourquoi s’y intéresser ? Quels sont les risques ? Benoît Hamon a ainsi été assailli de questions sur l’avenir du Parti Socialiste.
  • Il est très étonnant que tout le monde ait joué le jeu alors que l’Express a lancé une expérience sans filet : qui pouvait empêcher un invité de poursuivre les discussions une fois l’heure passée ? Ou même de débuter en avance ? Les invités se sont toutefois montrés respectueux, car tricher peut s’avérer rapidement néfaste pour la réputation en ligne (puis rapidement hors ligne). La difficulté de l’exercice et les agendas chargés des invités ont fait le reste.
  • Il n’y a pas eu réellement de droit de rebond : il y a surtout eu l’alternance plein de questions / une réponse à une question et pas vraiment de questions relancées ou approfondies. Aussi, une question en moins de 140 caractères (polémique, rentre-dedans, ou trop généraliste) a dû se contenter d’une seule réponse en 140 caractères, nécessairement concise ou généraliste là-aussi.
  • Les messages envoyés par les participants ont été très nombreux : entre 50 et 70 par invité, soit environ un par minute. C’est beaucoup, entre le temps de repérer le questions pertinentes dans le flux passant et le temps de formuler une réponse intelligible qui tienne dans l’espace imparti.
  • Le marqueur #lexpress n’a pas été vraiment respecté par les gazouilleurs, qui ne voulaient pas prendre la peine de taper ces 10 caractères supplémentaires, ou qui les économisaient. Il semble que les questions aient surtout été directes. Ce hashtag n’est d’ailleurs pas rentré dans les trending topics de Twitter, ces 10 sujets chauds qui font le plus parler d’eux sur Twitter.
  • A quoi ressemblaient les échanges ? Emmanuel Gadenne a proposé d’utiliser Twazzup, qui permet de tracer des messages contenant cetains mots-clés. Face à une rivière d’information en temps réel très animée,Twazzup s’est montré bien utile car les clients Twitter comme Twhirl ou Seesmic Desktop ont rapidmeent rendu leur tablier. On pouvait également voir toutes les questions posées par les personnes que l’on ne suit pas habituellement.

Le flux était vraiment volumineux, et l’utilisation d’un service pour fédérer des éléments épars peut faire penser au cloud computing, ces services informatiques composites qui exploitent des briques compatibles ici et là, des données standard ici et là, les mêlant dans un grand tout… nuageux (« c’est dans la toile« ) voire vaporeux (« mais qui fait quoi ?« ). En l’occurence, des utilisateurs de Twitter épars posaient des questions à une ou plusieurs personnalités politiques, elles-mêmes physiquement distantes, qui répondaient au choix aux questions qui leur paraissaient intéressantes. Le tout sans réel fil rouge puisque tout le monde n’utilisait pas le hashtag #lexpress.

Des centaines de requêtes qui génèrent des dizaines de réponses en un temps donné sur une dynamique donnée (et non pas un thème puisqu’il ne fut pas respecté), le tout grâce à des services ouverts sur Internet : voilà une définition proche du cloud computing. Mais puisque tout utilisateur de Twitter pouvait participer, il y avait également une dimension crowdsourcing dans cet expérience, un appel à la participation et aux bonnes volontés.

Entre la participation ouverte et l’absence de centralisation, il y a eu trois contraintes importantes à surmonter en terme de compréhension, d’appréhension et de suivi, car s’ajoute à cela l’impératif du temps réel (le différé n’était que très léger en regardant le rythme des messages des trois invités) dans un délai imparti d’une heure en tout. Si l’expérience fut instructive, il n’est pas très étonnant que deux invités se soient montrés circonspects sur ce qu’il est ressorti de ces échanges.

L’expérience nous a probablement davantage appris sur la mécanique de ce type de discussion en ligne que sur les invités eux-mêmes, appelés la plupart du temps à commenter l’actualité politique plutôt qu’à faire des annonces. La seule « information » brute annoncée fut que NKM ouvrirait un blog à l’automne plutôt que de continuer à publier sur Facebook, qui est une plateforme fermée car il faut être membre pour accéder au contenu. Rien de très palpitant.

Quelques remarque de forme sur les invités :

  • Alain Lambert semble assez doué pour les petites phrases, les formulations choc, ou les messages ironiques par exemple sur ceux qui délèguent leur compte Twitter à un tiers. Et le tout en 140 caractères. Voilà qui le rend plus aisément sympathique.
  • Benoît Hamon a l’air d’avoir un bon sens de l’extime, il précise ainsi d’emblée qu’il participe depuis le Danemark avec un clavier danois. Il botte en touche ou prend à témoin d’autres invités, ce qui ressemble à ce qui se passe au cours d’une vraie table ronde politique, comme on en voit en télévision ou comme on en entend en radio.

Pour aller plus loin, quelques lectures ou écoutes :

  • Quelques morceaux choisis par l’Express.
  • Une interview de Marie-Amélie, journaliste à l’Express.fr qui anime la communauté en ligne.
  • Le compte-rendu d’Emmanuel Gadenne, qui a été très content d’obtenir des réponses.

Une Réponse

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  1. […] pas à débattre car la volière n’est pas un bon lieu pour ce type d’exercices comme l’Express en a fait l’expérience, et de toute façon les personnalités politiques […]


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