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Des professionnels entretiennent le mythe d’un Internet sauvage et barbare

Posted in ! - Boulchit, < - Kouote, ∞ - Toudoto, § - Midia, П - Politix, Ф - Nutek, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 11 octobre 2009

Ces derniers temps, Internet est accusé de tous les maux et taxé de toutes sortes de mots. Si cela a pu faire sourire au départ, puis rire franchement quand l’incompréhension semblait vraiment installée dans une frange dirigeante qui continue à penser qu’un internaute n’est pas une personne normale en 2009, cela devient bien plus dangereux et dommageable quand il s’agit d’un professionnel qui entend parler du haut de son expertise.

Une récente tribune de Samuel Morillon (Cybion SA) parue sur Lesechos.fr enfonce le clou, involontairement j’espère étant donnée la fonction du personnage et son entreprise, et se ridiculise autant qu’il insulte les personnes qui participent aujourd’hui sur le web.

On comprend bien le fond du message sous-jacent dans ce texte, qui en substance est du type : « entreprises, vous ne savez pas ce qu’on dit de vous sur Internet, vous n’êtes pas préparés à une mauvaise réaction, venez nous voir on vous aidera ». Hélas, le texte est truffé d’approximations, d’exagérations voire d’affabulations. Laurent François n’hésite d’ailleurs pas à parler à ce sujet de poujadisme digital.

Car après le très puissant (et mystérieux) lobby d’Internet dont parlait Ségolène Royal, on a là une description encore plus angoissante. Et ça commence très fort. Que 100 000 français « consomment plus de 16 heures d’Internet par jour« , pourquoi pas. Chiffre très approximatif. Le terme consommer est en soi un peu étrange puisqu’Internet ne s’use pas quand on s’en sert, il ne disparaît pas. Le problème vient des assertions de la phrase suivante : « Le positionnement idéologique souvent radical de ce noyau d’internautes, renforcé par la pratique courante de l’anonymat, représente une menace pour les entreprises. Pourtant celles-ci ne les prennent pas en compte dans leur démarche de prévention de crise. »

Passons sur la crise, car si le terme est anxiogène (les internautes sont dangereux pour votre entreprise) on comprend que le positionnement de Cybion joue un prisme déformant puisque la société intervient surtout quand ça se passe mal. Il aurait été utile toutefois de rappeler que de nombreuses entreprises disposent d’un site web, fond du commerce électronique ou mettent leur catalogue en ligne, voire font de la publicité sur le web, passent des petites annonces pour recruter. Bref : elles utilisent Internet aussi à leur profit.

Positionnement idéologique souvent radical : mais d’où tient-il ça ? « Radical » dans quel sens : politique, religieux, anti-marques ? Radicaux dans leur propos ou bien capables de passer à l’acte, en organisant des manifestations voire en pratiquant une forme de terrorisme ou d’activisme plus musclé (dégradation de biens et sabotage, séquestration…) ? « Souvent », ça représente quelle proportion, une majorité (plus de 50%) ?

Ce type de formulation sibylline et approximative est trop dangereuse pour demeurer sans réponse. A bien regarder dans mes agrégateurs de flux RSS, assez fournis, je ne compte pas tellement de radicaux à proprement parler bien que les auteurs soient d’authentiques hyperconnectés. Il aurait été plus judicieux et clair de pratiquer la réflexion dans le bon sens (donc inverse) en indiquant que certains radicaux ont trouvé une chambre d’écho et un porte-voix sur Internet, voire trouvé des camarades par regroupement affinitaire.

Pratique courante de l’anonymat : en quoi cela change quoi que ce soit ? Si des propos calomnieux ou diffamatoires sont déposés en commentaires ou dans un billet de blog, dans une vidéo ou un podcast, il y aura enquête pour retrouver les personnes (un exemple avec la Moranoïaque). Pseudonyme ne signifie pas impunité. De nombreuses personnes choisissent une identité sur Internet afin de ne pas apparaître sous leur nom d’Etat Civil, et l’utilisent de manière persistante. Ainsi, la continuité de leurs propos est préservée et l’on sait les reconnaître sur Twitter, sur leur blog, dans les commentaires, sur Facebook…

Question pratique : si certaines marques qui m’ont fait des reproches ou des remarques en commentaire sur ce [Blok Not] avaient connu mon nom, qu’est-ce que cela aurait changé dans leur approche ? Aurai-je eu un coup de fil ? Si oui, comment se serait-il déroulé, et surtout comment aurai-je perçu cette intrusion dans ma vie privée ? Connaître son adversaire n’apporte par grand chose si l’on n’a rien à lui opposer ou si l’on ne veut / peut pas négocier.

Poursuivons l’analyse des déclarations, en passant brièvement sur ce « noyau d’internautes au comportement addictif » suractif, qui commente bien plus que la moyenne du visiteur lambda. Ce constat est vrai, ne prendre en compte que ces avis-là (les plus facile à trouver mais aussi souvent les plus détaillés) c’est introduire un énorme biais dans la représentativité d’un quelconque panel. Au passage, le champ sémantique de l’addiction après l’anonymat ça donne un côté sulfureux à ces toxicomanes du clavier et de la souris qui sniffent du twitt en cachette.

On notera au passage que la rareté, pour peu que la personne soit bien identifiée, connue ou reconnue pour son expertise, vaudra bien plus que les efforts frénétiques d’un pseudonyme inconnu. Il aurait été judicieux de parler de réputation numérique, de constance et de levier d’influence que du seul volume.

En revanche, comment affirmer que ces commentaires portent sur « la religion, la politique et l’environnement » sans préciser les sources ? Il est possible que ce soient là les secteurs d’intervention de Cybion (pour lesquels il y a un marché ?), c’est quand même omettre les célébrités et l’actualité people (rumeurs plus ou moins putassières, actualité et promotion, passages TV et interviews…), l’économie (en particulier les décisions politiques impactant l’économie ou les annonces de patrons très médiatiques), ou les difficultés sociales (chômage, isolement, pouvoir d’achat) pour n’en citer que quelques uns.

Sans parler de participations ô combien plus dangereuses, amorales, discrètes et pernicieuses, capables de faire trembler les fondements de la société. Comme le décrit avec ironie Laurent, Mimi38 est une commentatrice compulsive des recettes de Marmiton.org, elle donne des conseils sur les parents de divorcés rubrique « ma nouvelle bru est une peste » sur Auféminin.com, elle cherche un compagnon sur Meetic après avoir passé quelques années à pleurer le décès prématuré de son Claude, elle dialogue sur Skype avec son ainé parti travailler à Melbourne, elle a ouvert un blog familial sur Windows Live pour mettre les photos des événements familiaux avec l’aide de son voisin, elle a même repéré des sites pour jouer au Scrabble et au Sudoku les soirs d’insomnie. Mimi a 66 ans, elle veut vivre avec son temps et partager. Vivre et partager, comme tant d’autres. Désormais c’est possible parce que le web 2., tel qu’il était promis, propose des interfaces qui ne nécessitent pas de connaissances techniques.

Une Mimi38, interrogée après lui avoir fait lire l’article, a beaucoup ri de faire si peur et de passer pour une sauvageonne (qu’elle fut effectivement il y a 41 ans, sans le web) et plus encore de savoir qu’elle « fait l’opinion ».

Là où l’on entre dans le dur de ce qui participe à la mauvaise compréhension du phénomène, c’est dans la description du profil sociologique des fameux 100 000 faiseurs d’opinion sur la toile. « Selon les recherches menées en 2008-2009 par nos doctorants, ces internautes ont souvent une double personnalité on line-off line. S’ils sont principalement urbains, ils vivent au sein de leur communauté de pensée et ils utilisent en moyenne deux avatars, souvent de sexes différents« .

Double personnalité ? Bigre, des schizophrènes ! Comment mesure-t-on la différence entre deux personnalités, quel est l’étalon ? Et pour la mesurer, les recherches effectuées par les doctorants ont bien dû les mener à interviewer ces personnes ? Pas de trace, pas de détail. Soit il y a une étude et elle est documentée, argumentée voire disponible entièrement ou partiellement, avec références, chiffres, auteurs, méthode. Soit c’est un travail de compilation épars effectué au (pré)jugé et on se tait.

Avatar du sexe opposé ? Deux avatars en moyenne ? Là encore, ces données tombent sans justification, ni définition. Une adresse mail est-elle une identité, sachant que les grands pourvoyeurs de mail gratuit (Yahoo!, Google & co) proposent des services sociaux associés à un compte (FlickR et Youtube, pour ne parler que de ceux-là) ? Qu’est-ce qu’un avatar ? Une simple image virtuelle ou une identité numérique complète, présente dans plusieurs réseaux sociaux ? Rien de cela n’est précisé.

Poursuivons sur les comportements : « Même s’ils ne possèdent pas de compétences initiales, ils se renseignent sur la plupart des questions d’actualité et les commentent de manière souvent polémique et vive. Les propos peuvent être argumentés mais laissent peu de place à la discussion. La notoriété de l’avatar est fréquemment la finalité de comportements où l’émotion est poussée à l’extrême« .

Par compétences initiales, on subodorera qu’il s’agit de dipômes ou de fonction directement associé au sujet commenté faute de précision. Par exemple il faudrait être économistes pour commenter l’économie. Là encore, cette affirmation ne s’appuie sur rien de concret, puisqu’on ne demande pas l’identité et le CV des personnes pour commenter et donc que c’est en majorité invérifiable, ce qui ne préjuge pas de la qualité de leur contribution.

Sur la notoriété de l’avatar, il serait intéressant que Monsieur Morillon précise ce que signifie « fréquemment« , de même que l’émotion « poussée à l’extrême » : parle-t-on de point Godwin, de suicide, de trolling ou de #twitclash ? Les quatre phénomènes sont dans des registres bien différents…

Passons sur « les rares sites ayant réussi à bâtir des modèles économiques stables se situent sur le marché dit du « charme » ou sur celui du jeu en ligne »  : Google, eBay et autres Meetic apprécieront la comparaison ou l’oubli. On peut donc ajouter deux péchés graves au web : le stupre et le démon du jeu (sans préciser s’il s’agit de paris en ligne ou de MMORPG type World of Warcraft), puisque l’on répète plus bas que le web ferait ressortir nos instincts refoulés.

Dernières banderilles plantées dans la bête : « Les décideurs doivent partir du principe qu’ils peuvent se trouver face à des internautes très engagés qui n’auront pour règle que l’exaltation de leurs propos. Selon nos études, ces internautes sont souvent inactifs (sans emploi, étudiants…) et peuvent consacrer un plein-temps au dénigrement d’une société« . Sur l’emballement sur le web et l’égo, ce n’est pas totalement faux et la mesure de prudence consistant à faire face à du harcèlement n’est pas si mal vue.

Mais pour ce qui est des inactifs… qui ne cherchent qu’à dénigrer une société, là on nage ne plein délire. Schizophrènes, violents dans leurs propos, nihilistes, libidineux et joueurs ne suffisaient pas, il fallait en plus leur coller un peu de marginalité sociale. Cette foule de fainéants est en plus à la charge des autres. Stop ! Arrêtons une stigmatisation ridicule et infondée. Assez de Célafotonet® ! Les internautes sont des gens normaux, insérés dans la société, ils sont plus de 30 millions en France, et même les plus accros ont un travail tout à fait prenant : avocat, communiquant, patron de PME, attaché parlementaire…

Quant à dénigrer une société, ce n’est pas un passe-temps à temps plein, même pour les plus enragés ! On est là en plein délire mêlant Otaku et hacktivisme light façon troll.

Pourquoi s’acharner sur une tribune dont, pour un peu, j’aurais du mal à penser qu’elle a été véritablement écrite par un Directeur Général d’une entreprise comme Cybion et non par une petite main ? D’abord parce qu’aux côtés de Cybion il y a Agoravox Carlo Revelli et Joël de Rosnay ayant fondé les deux entités. Aussi ce genre de prise de position s’appelle se tirer une balle dans le pied, soit le pied droit (Cybion a intérêt à ce qu’il y ait des commentaires négatifs pour vendre ses services), soit le pied gauche (Agoravox est-il vraiment libre si Cybion « surveille » comme c’est écrit dans la tribune ?). Cela ressemble furieusement à vendre le missile aux uns et l’anti-missile aux autres, autant dire à entretenir une situation conflictuelle pour son seul profit.

Ensuite parce que Les Echos sont une lecture de décideur, politique ou économique, et que ce genre de tribune qui entretient des clichés sans nom voire en crée de toute sortes sur fond anxiogène d’internautes la souris entre les dents prêts à ruiner l’image de personnes publiques ou d’entreprises est très dommageable. Cela perpétue le fossé d’incompréhension entre une classe dirigeante et la pratique de personnes qui ont davantage de temps à consacrer aux activités numériques. Cela accroît la moranoïa, cette peur panique et inconsidérée de la toile.

Et actuellement, le web n’a pas besoin d’être diabolisé davantage. On aurait besoin au contraire de pédagogues, de passeurs, qui parlent posément et de manière argumentée. Certains professionnels du web (et là, leur expertise m’apparaît beaucoup moins crédible alors que Cybion est un nom plutôt bien connu et réputé) ne jouent pas leur rôle alors qu’il leur appartient d’évangéliser certaines populations (ceux dont la réputation est importante et qui peuvent se payer des services dans ce domaine).

Dans une perspective de méta-commentaire, j’attends de voir comment ils vont réagir à cette critique, qui, ne leur en déplaise, est argumentée et laisse place à la discussion. Dans l’espace, juste en-dessous.

PS : d’autres réflexions sur les déclarations d’Alain Finkielkraut vont suivre sur ce blog.

19 Réponses

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  1. Delphine Dumont said, on 11 octobre 2009 at 3:29

    Excellent billet, bravo !

    Je m’interroge aussi sur le fait que Cybion ne semble concevoir la protection de l’entreprise que sous l’angle défensif et non sous l’angle de la présence. Plus l’entreprise est ouverte et présente sur le web, moins elle est attaquée. Identifier ceux qui dirigent n’est pas les mettre en danger, mais les humaniser, donc les protéger. Il est plus facile d’attaquer un anonyme ou un groupe de personnes anonymes. Cybion le démontre parfaitement d’ailleurs.

    Echanger sur les orientations de l’entreprise, ses accidents ou ses choix de communication l’enrichit d’un feedback qu’aucun institut de sondage ne pourrait lui apporter, et à peu de frais de surcroît !

    Le rôle de Cybion n’est pas d’entretenir ses clients dans un vieux fantasme, mais au contraire de les aider à appréhender la réalité d’Internet. En se montrant ainsi à côté de la plaque, Cybion s’est non seulement tiré une balle dans le pied mais aussi tout le reste du chargeur avec !

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  3. Twitted by F_Mitterrand said, on 11 octobre 2009 at 3:35

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  4. Damien Van Achter said, on 11 octobre 2009 at 4:01

    trèd bon billet !
    Je te rejoins sur toute la ligne, surtout à propos des « consultants » bulshitteurs (comme par hasard les mêmes qui en voyant arriver le collaboratif ont perçu un danger pour leur business) qui vendent désormais bien plus de « protection d’image » que de « création de communautés d’utilisateurs ».

    En Belgique, nous avons une belle brochette de « pro du web » qui ne sont en fait qu’un ramassis d’associaux (d’ailleurs majoritairerment non présents sur les réseaux, un comble) dont le seul objectif de tirer un max de pognon de clients crédules. Le pire, c’est qu’ils y arrivent très bien … alors pourquoi changeraient-ils leur fusil d’épaule pour « évangéliser » et prendre le temps de construire des relations à long terme avec cette partie des internautes qui ne demandent qu’à interagir de manière constructive ?

    C’est tellement plus facile, comme tu le dis si bien, de vendre le missile et l’anti-missile en même temps …. (Je connais même un type qui réussit à vendre du conseil à des entreprises le jour et à pousser des articles sur ces mêmes entreprises dans un « grand » quotidien national le lendemain … sans que ça ne fasse réagir personne)
    Il a le beurre, l’argent du beurre et se tape la crémière en doggystyle … Alors pourquoi ce gars changerait-il ?

  5. Twitted by nicolas760 said, on 11 octobre 2009 at 6:49

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  6. Twitted by Raydacteur said, on 11 octobre 2009 at 6:57

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  7. narvic said, on 11 octobre 2009 at 9:57

    D’accord sur l’essentiel, c’est assez caricatural et anxiogène. On peut se demander en effet si ce n’est pas surtout une démarche publicitaire pour justifier les services que l’on a justement à vendre…

    Cela dit (tu me connais, avec moi, il y a toujours un « cela dit » ;-)…

    100.000 personnes qui font l’opinion sur le web français ? Et bien, en fait, je serais assez tenté d’y croire… Même si j’aimerais bien connaitre les données précises sur lesquelles ce monsieur s’appuie.

    Quelques pistes : 1 commentateur pour 100 lecteurs dans les blogs (nous le lisons tous dans nos stats) ; sur Twitter : 5% des utilisateurs à l’origine de 75% des messages (source: étude Sysomos).

    Ce rapport commentateur/lurker de 1/100 me semble une donnée de fond du web (des données similaires ont été rapportées à propos des commentaires de client/utilisateur dans les sites de e-commerce, ainsi que sur le fonctionnement de Digg).

    Du coup, l’estimation des 100.000 n’est plus aussi excessive que ça. 30 millions de connectés français à internet, dont 1/3 seulement dépasserait l’usage de simple service (banque, billets d’avion, mail, vente par correspondance, renseignement auprès de sites institutionnels et sites de marques), pour aller vers des sites qui recueillent des opinions (commentaire de client dans les sites de commerce, ou commentaire de lecteurs dans les sites de médias et dans les blogs), et parmi eux (soit 10 millions de personnes), seulement 1% commentent effectivement : ça nous fait bien 100.000 personnes qui s’expriment.

    J’avais vu d’autres données (je n’arrive pas à remettre la main dessus) qui estimaient que les commentateurs dans les blogs et sites de médias n’étaient en réalité pas plus de 30.000.

    C’est un véritable problème : ce sont les commentateurs qui donnent sa tonalité au web, et on ne sait pas au fond ce qu’en pensent 99% des usagers (les lurkers) qui ne s’expriment jamais.

    De plus, je suis assez tenté de suivre également Morillon sur le thème de la non-représentativité des commentateurs, qui sont marqués par un certain radicalisme. Un indice : la blogosphère qui s’exprime (blog+commentaires) est quasi unanimement et violemment anti-sarko, alors que, me semble-t-il, il a été élu avec 19 millions de voix. ;-)

    • D. Chartier said, on 13 octobre 2009 at 8:09

      « 100.000 personnes qui font l’opinion sur le web français ? Et bien, en fait, je serais assez tenté d’y croire… »
      Mais que veut dire « faire l’opinion » ? J’ai du mal avec ce mot. Les 100000 internautes peuvent bien former la partie visible, accessible à tous de l’opinion, rien ne prouve que celle que se forge la majorité silencieuse la suit béatement, puisque comme vous dites « on ne sait pas au fond ce qu’en pensent 99% des usagers (les lurkers) qui ne s’expriment jamais. »
      Extrapoler l’opinion très visible des médias et/ou d’internet à l’ensemble de la population est un travers courant chez les personnalités politiques, travers que des boîtes de conseil comme celle que vous dénoncez essaient d’inculquer aux entreprises. Alors que jusque-là les plus avisées d’entre elles essayaient plus sagement d’étudier les mouvements de leur réputation auprès d’un public plus représentatif.

  8. Twitted by Pierre_A said, on 11 octobre 2009 at 10:07

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  9. Twitted by w2YDAvid said, on 11 octobre 2009 at 10:29

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  10. Beer Bergman said, on 12 octobre 2009 at 7:20

    Merci pour l’article, ça me rassure, comme la plupart des réactions en-dessous l’article d’origine d’ailleurs. Je me passe sur la partie descriptive sur les influenceurs sur le web, trop ridicule et plat et vous l’avez suffisamment bien fait.

    Chef d’entreprise, intervenant auprès d’autres entreprises, j’entends souvent ce discours. Le mal qu’on a à epliquer aux gens que le web se fait AVEC nous, et non pas MALGRE nous. On y est tous acteurs, et si on trouve que le web est trop anonyme, trop négatif, trop injurieux, bref trop de ceci et de cela, à NOUS de changer la donne.

    Une raison de plus, il me semble, pour les entreprises de prendre la parole, d’occuper une espace, car c’est déjà suffisamment difficile en France, avec l’image du « chef d’entreprise qui s’enrichit sur le dos de nos pauvres salariés » (pour parler d’une autre image persistante). Une bonne raison, il me semble, pour les entreprises, d’occuper cette espace, de montrer qu’il y en a beaucoup qui sont en effet des entreprises responsables, qui tentent d’offrir de bonnes produits ou services qui sont produits dans des circonstances responsables.

    En termes de ‘danger’ de réputation sur le web : je préfère largement des commentaires dans la sphère numérique que dans la vie réelle, où vous ne pouvez pas les suivre, comprendre ce qui se passe, réagir. Et par réagir je comprends : une communication de crise, éventuellement, mais aussi une réflexion au sein de votre entreprise si les prescripteurs / utilisateurs n’ont pas raison. Ce qui amène l’entrprise à innover, à avancer.

    Tout comme l’entreprise a une place au sein de notre société, elle doit l’occuper dans le sphère du web. On n’est pas différents ‘en ligne’ que en ‘IRL’, espérons-le !

  11. [ Enikao ] said, on 12 octobre 2009 at 7:32

    @ Delphine : la proactivité, la présence humble en ligne sont bien plus efficaces que la communication de crise, nous sommes bien d’accord. Hélas, pour de nombreuses entreprises, le seul moyen de découvrir les bénéfices de cette présence active et non pas défensive passe trop souvent par une crise. La prise de conscience de la valeur de son image, de sa fragilité et de ce qu’en pensent les publics de l’organisation (partenaires, acheteurs, utilisateurs, actionnaires…) n’intervient trop souvent que par électrochoc malgré les tentatives d’évangélisation.

    @ Damien : c’est triste mais c’est hélas un positionnement qui fonctionne, ce côté « protection » sans l’autre face de la pièce. Pour ce qui est des schizophrènes servant l’antidote et le poison, c’est proprement scandaleux et ça jette l’opprobre sur toute une profession qui n’est pas toujours aussi mal intentionnée que ça.

    @ Narvic : démarche publicitaire pour vendre ses services ? Tout à fait, de nombreux experts prennent ainsi la parole dans les pages idées / opinions pour parler d’un sujet, soulever une problématique ou éclairer une pratique dans le but à peu près avoué de prouver et d’appuyer leur expertise. L’objectif en filigrane est d’être identifié comme le connaisseur du sujet en question, ce qui est une manière de faire de l’auto-promotion en échange de contenu, le plus souvent pertinent.
    Sur les chiffres, je ne les conteste pas dans l’absolu, mais on aurait pu dire 100 ou 10 000 (en précisant par exemple le taux de reprise des billets, le trafic, les liens entrants, les retwitts, la taille du graphe social…) que cela aurait été tout aussi vrai. Prendre position et choisir un angle, oui, mais il faut argumenter, expliquer (surtout si on joue à l’expert). Si la seule ligne de démarcation est le temps passé quotidiennement, alors Mimi38 est dedans et (il me semble) la ligne n’est pas la bonne.
    Nous savons bien que sur le web il y a une surreprésentation de certaines catégories : geeks (il y a davantage d’articles dédiés à Star Wars et aux super héros qu’à la pluaprt des autres catégories sur Wikipedia : Herta Müller était une parfaite inconnue par exemple 2 jours avant son Nobel de Littérature), technophiles (communauté du libre, développeurs, bidouilleurs…), engagés en politique (militants, pamphlétaires)… De même que le web surréagit de manière radicale, ce qui n’est pas la même chose que postuler la radicalité des gens en général par ailleurs. Sur ces points Morillon a plutôt raison, mais il était indispensable d’illustrer et d’expliquer plutôt que d’enfiler les assertions. Mais nous sommes d’accord : qu’il demande de la méfiance quand on sonde le web parce qu’on ne peut en tirer aucune conclusion sur l’opinion non-exprimée relève du bon sens, et il a raison de le rappeler.

  12. Twitted by florencedesruol said, on 12 octobre 2009 at 8:03

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  13. Frédéric Lefebvre-Naré said, on 13 octobre 2009 at 6:57

    Article et commentaires si riches et si justes que je me réjouis d’y placer un peu de publi-rédactionnel !

    Il y a trois sujets dans le sujet, je crois :

    * Quelles sont les moeurs du web ? Certains experts le présentent comme une jungle surchauffée, pour mieux vendre leurs talents d’Indiana Jones – alors que c’est un plutôt espace de communication froide (pas de gestes !), très normé, transparent et policé.

    * Quelle est l’influence sur le monde réel, de ce qui se dit sur le web ? Qu’est-ce qui fait passer un sujet du web à la vie réelle ? Je ne sais pas bien (voir un cas sur http://demsf.free.fr/index.php?post/2008/10/27/buzz-Sarkozy-hypothecaire ). Très bon sujet pour les professionnels de la communication de crise.

    * Quelle est la représentativité de ce qui se dit sur le web, par rapport à ce que les gens pensent dans la vie réelle ? Ce qui se dit sur le web est très, très biaisé par rapport aux opinions réelles ; un petit nombre de personnes est très, très surreprésenté, et en plus, ce qu’ils expriment sur le web peut être décalé par rapport à l’ensemble de ce qu’ils vivent dans la vue réelle. C’est là que je place ma pub ;-) constituée par le lien signature !

  14. [ Enikao ] said, on 13 octobre 2009 at 10:31

    @ Frédéric :
    * « communication froide », je n’en suis pas sûr. Le web réagit, parfois très fort et très vite. Quant à la transparence et au côté policé, non plus. Il y a une frange pas du tout transparente et sans règles, comme dans la vie IRL.
    * Pour l’instant, le web est plutôt média-dépendant quand à l’actualité, sauf quelques cas rares. Mais là encore, sans l’appui de médias classiques bien installés, il est clair que le relais n’est pas si fort. C’est pourquoi on a vu fleurir des rubriques ou chroniques dédiées au net. Maître Eolas est très lu, mais quand l sujet est d’importance, sa parole touche davantage de monde quand il passe en radio ou quand Le Monde l’interroge.
    * Ceci n’est pas un espace de publicité mais puisque c’est le sujet de discussion, je laisse le lien ;-) Sur une éventuelle dichotomie d’opinion exprimée par la même personne web / IRL, c’est assez connu. De même que la surreprésentation de certaines catégories de personnes qui s’expriment. L’anonymat choisi est aussi facteur de dissimulation de sa propre identité. Douglas Adams le disait à la fin des années 90 : je suis très optimiste sur l’état de mon pays, selon un sondage Amazon, 99% des britanniques sont chef d’entreprise et gagne plus de 10 millions de livres par an… N’oublions pas que tout un chacun a le droit de mentir, c’est simplement moins tentant et moins évident quand on a une personne en face que seul devant l’écran.

  15. Frédéric Lefebvre-Naré said, on 13 octobre 2009 at 11:57

    Merci ;-)

    * Le mot « froid » était peut-être mal choisi – ça ne voulait pas dire « lent ». Mais tout de même … il y a peu de sons, pas du tout d’odeurs, jamais le moindre gnon… rien que des lettres et quelques images. Par rapport à une simple réunion de parti, syndicat, ou à un « focus group », on reste très en surface, très dans les idées. Qui s’expriment parfois de façon délirante (théories du complot etc.), mais justement, je crois, parce que seule une frange superficielle de l’expression est mobilisée.

    * Média-dépendant : oui bien sûr. J’ai mal posé ma question. Je voulais dire : quelles sont les conditions qui font qu’un contenu web est repris dans les médias ? quels relais jouent efficacement ce rôle ? Ce qui me frappait dans l’exemple en lien (crédit hypothécaire), c’est que des médias 2.0 (marianne 2) ont repris le buzz sans être pour autant eux-mêmes relayés par les médias papier.

    * Sur le 3ème point, je ne prétendais pas faire une découverte ;-) (pas plus que sur les deux autres). Je prétends juste qu’on peut aller au-delà de ce constat et essayer de « débiaiser les contenus web », de chercher la vie réelle derrière, avec une méthodo structurée ; et qu’on arrive à des conclusions très différentes de celles auxquelles conduiraient l’observation des buzz et des zinfluents.

  16. […] Des professionnels entretiennent le mythe d’un Internet sauvage et barbare – Enikao – « Ces derniers temps, Internet est accusé de tous les maux et taxé de toutes sortes de mots. Si cela a pu faire sourire au départ, puis rire franchement quand l’incompréhension semblait vraiment installée dans une frange dirigeante qui continue à penser qu’un internaute n’est pas une personne normale en 2009, cela devient bien plus dangereux et dommageable quand il s’agit d’un professionnel qui entend parler du haut de son expertise. » […]

  17. Dominique Rabeuf said, on 27 octobre 2009 at 6:35

    Cybion vend de la soupe pour paranoïaques rétrogrades et met en ligne un site vulgaire.
    Plus grand monde peut se permettre d’être sur le devant de la scène et de raconter tout et son contraire au gré des événements.
    Les premiers à s’en rendre compte sont les personnalités politiques et leurs pourvoyeurs de communication.
    La stupidité de la quasi totalité des parlementaires a été mis en évidence par Hadopi dont l’immonde crétin Sarkozy, maniaque dépensier, vante le caractère d’innovation.

  18. […] • Des professionnels entretiennent le mythe d’un Internet sauvage et barbare […]


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