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L’homme qui tombe à pic

Posted in ) - Feun, ∞ - Toudoto, § - Midia, П - Politix, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 12 octobre 2009

Ce week-end, un mème est né sur Twitter, il a grossi, enflé, et colonisé d’autres espaces : #jeansarkozypartout. La candidature d’un jeune homme de 23 ans, bachelier, jeune élu local qui soutient à mort, sans grande expérience de gestion, dont le papa est Président de la République, à la tête de l’EPAD (organisme qui gère le stratégique quartier d’affaires de La Défense) a choqué, outré, et surtout déclenché une avalanche de gags absurdes et iconoclastes sur Twitter.

Celui qui le raconte le mieux, c’est le camarade Laurent, et c’est surtout de son expérience qu’il s’agira ici.

Le mécanisme à observer, c’est le succès, inattendu pour lui, de ce billet matinal qui ne lui semblait pas devoir recevoir pareil accueil. Surpris, flatté, étonné, presque gêné, Laurent qui blogue trop peu souvent a vu ses statistiques de visite s’envoler. Durant nos échanges aujourd’hui, voilà ce qu’il en est ressorti (après correction des chiffres) :

  • un billet matinal, mis en ligne peu après 9 heures un lundi matin
  • des twitts et retwitts rapides, parmi lesquels ma pomme, Narvic, Versac, Matthieu Mondoloni, ou encore Damien Van Achter
  • plus de 1000 vues en 3 heures, au final plus de 4200 à la fin de la journée
  • des mentions ou des citations sur Le Post, Ecrans, L’Express.fr (et Libé demain !)
  • quelques followers de plus sur Twitter

Laurent a été étonné par l’ampleur qu’a pris son billet a priori anodin. Pourtant, les recettes du succès sont bel et bien réunies. Résumons :

  • un sujet qui semble léger et qui prête à l’humour, on est dans le mème et l’esprit taquin, frondeur (le terme fronde est employé à dessein) ;
  • une frustration et une colère de fond sur le népotisme ostentatoire, qui a fortement contribué à faire croître et à entretenir le mème (hastag, mais aussi avatars, fort volume continu de gazouillis) ;
  • un billet qui a collecté de nombreuses informations, inserré beaucoup de liens, cité les sources, inclus une image, donné du chiffre, été piocher des références solides ailleurs (chez Narvic par exemple) ;
  • des commentaires et réflexions personnels qui émaillent le billet et lui donnent une saveur, qui apportent de l’analyse ;
  • un public lui-même bien suivi (nombreux followers) qui relaye le sujet sur l’outil de propagation puissant et rapide par excellence, la vollière Twitter ;
  • et un timing idéal : lundi matin, à 9h30, on commence à être bien réveillé et à lire les blogs, c’est un moment propice pour mettre en ligne car le niveau d’écoute est élevé (les médias sociaux ont aussi leur heures de forte audience) ;
  • l’effet de primauté : à ce moment là, il semble que personne d’autre n’ait réalisé pareille analyse. Le week-end, les échanges ne sont pas allés se faire sur les blogs mais sur Twitter. Pour celui qui cherchait une référence sur le sujet, ce matin, la référence c’était Laurent.

Car tout se joue là : faire du sujet de fond, donner les sources, oui, mais surtout être là au bon moment. C’est le fameux happenstance, qui n’a pas d’équivalent correct en français. Ce concept est la couche de temps que l’on ajoute à la sérendipité : ce n’est pas le tout de trouver quelque chose d’intéressant de manière fortuite, encore faut-il que cela arrive au bon moment, ou que l’on puisse l’exploiter au bon moment. Comme l’indiquait Einstein pour expliquer que le temps est bel et bien une dimension, pour se retrouver dans une salle du bâtiment de l’ONU, il faut bien précier la longueur et la largeur (couloir, porte), la hauteur (étage) mais aussi… le jour et l’heure !

Pourquoi ce riche billet a-t-il été twitté puis utilisé comme référence dans des articles en ligne ? Parce que c’était le bon moment. Laurent était l’homme qui tombe à pic.

Le sujet a sans doute inspiré d’autres médias par la suite, et bien entendu des journalistes du Parisien ont été interviewer Jean Sarkozy au sujet du fort mécontentement et des critiques. Les critiques sur le côté fils-à-papa ne semblent en tout état de cause pas tellement faire flipper le Dauphin.

Bravo Laurent, nous attendons (nombreux !) ton retour d’expérience et tes conclusions.

6 Réponses

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  1. Laurent said, on 12 octobre 2009 at 11:53

    Merci Enikao pour cette première analyse à chaud, liée à nos échanges au cours de la journée, suite au « succès » rencontré par ce billet.
    Ton analyse est – comme toujours – particulièrement pertinente et reprend les principaux éléments que j’aurai mis en avant.
    J’essayerai de la compléter d’ici peu par un retour d’expérience incluant quelques chiffres intéressants sur les liens cliqués, les référents, etc.
    Mais en primeur, je te donne le nombre total de clics sur la journée d’hier : 4200.

  2. FrédéricLN said, on 13 octobre 2009 at 6:44

    Pas mieux que Laurent (dont j’ai découvert le blog à cette occasion – via un twitt facebook de versac) et enikao.

    Cette question du temps est vraiment très importante (si si !). La distance, l’indépendance d’esprit, la capacité de s’informer, sont les ingrédients qui permettent de produire une analyse originale, riche, bref d’apporter quelque chose. Mais en général, amha, ces qualités sont associées à un déphasage par rapport aux ondes d’information qui traversent la société. Les esprits originaux sont généralement à contretemps.

    Je serais donc intéressé pour savoir ce qui a permis à Laurent de produire ce texte *à ce moment-là* (genre une nuit blanche pour de toutes autres raisons, une passion déçue pour Mme Sarkozy junior, etc., j’accepte toutes les hypothèses ;-) ).

    Bilan de ma maigre expérience de blogueur en division d’honneur : deux billets (sur 1000 environ) ont fait du buzz. Les deux avaient du contenu original, les deux étaient horribles au plan formel, les deux ont été connus grâce à la lecture et la recommandation d’un blogueur à forte audience (versac dans un cas, koz dans l’autre). Et effectivement le moment a été essentiel dans les deux cas. L’un des billets apportait, à travers une expérience personnelle, un regard différent sur l’histoire des « adopteurs » d’enfants tchadiens, et j’avais fait un effort pour le sortir le plus vite possible ; l’autre ajoutait, assez involontairement, des éléments factuels plus forts (grâce au cache google) à une rumeur déjà lancée (sur les Amis de Ségolène Royal). Quant aux 998 autres, c’est beaucoup de temps perdu ;-) au regard en tout cas d’objectifs d’audience ou d’influence.

    Donc : comment bloguer à la fois différemment des autres, et dans la vibe ?

  3. [ Enikao ] said, on 13 octobre 2009 at 8:33

    @FrédéricLN : Je ne sais pas si les esprits originaux sont nécessairement à contretemps. La qualité, l’analyse et le contenu demandent parfois du recul, c’est sûr. D’autres fois il s’agit de fulgurance de l’esprit, de l’ordre de la révélation comme l’a relaté Henri Poincaré dans ses réflexions sur l’intuition en mathématiques (illustré par des exemples personnels, en particulier un épisode où il comprend brutalement un élément et débloque sa réflexion… en sortant d’un train, sans raison particulière).
    En revanche, l’efficacité se joue sans doute sur un tempo en contrepoint. Lire à ce sujet Malcolm Gladwell sur les stratégies permettant à David de battre Goliath. http://www.newyorker.com/reporting/2009/05/11/090511fa_fact_gladwell?currentPage=all
    Le raisonnement en flux continu ou en contretemps plutôt qu’en batch programmé semble permettre de contrecarrer les stratégies classiques, quitte à ce qu’elles soient « socialement horrifiantes » (voilà qui réintroiduit de manière impromptue une notion d’esthétique dans la stratégie).
    Pour la méthode, je laisse la parole à Laurent. Mais il est certain que les journalistes n’ont pas fait ce travail le week-end, plus particulièrement les journalistes web qui assurent une permanence, ce qui a conféré au billet de Laurent la primauté.
    Temps perdu pour les billets peu lus ? Je n’en ai pas l’impression, en ce qui me concerne. Ce [Blok Not] est avant tout un laboratoire, une réflexion partagée, sans objectif autre que l’expérimentation et les discussions. L’audience et l’influence sont secondaires, mais leur analyse m’intéresse pour comprendre les mécanismes.
    Bloguer différemment ? En voilà une bonne question ;-) La réponse est sans doute propre à chacun. Il peut s’agir du style, du format, des sujets, des angles, du tempo… ou de tout à la fois.
    Pour ce qui est de bloguer « dans la vibe », je ne sais pas. Le travail de fond, le contenu à longue durée de vie, les commentaires déposés ici et là me semblent plus payants. Mais il arrive parfois que l’on sente un sujet venir, on se découvre un certain flair pour un sujet encore inédit, ou un angle inédit, ou bien l’on voit un détail qui est passé manifestement inaperçu aux yeux de beaucoup. Je préfère que cela reste fortuit plutôt que faire la chasse au scoop. Il y a des gens dont c’est le métier :-)

  4. Laurent said, on 18 octobre 2009 at 4:55

    @FredericLN : le temps reste une denrée rare et précieuse. J’aimerai blogueur plus (sans gagner plus) mais je consacre souvent une grande partie de mon dimanche au rugby.
    Dimanche dernier : pas de rugby. Déjà un point positif.
    Deuxième point positif pour moi : le phénomène était récent,le sujet me plaisait… quand je parle de sujet, je ne parle pas de Jean Sarkozy, mais de la vague de critique sur twitter.
    Tout est en fait parti d’un échange via twitter avec un autre blogueur : je lui demandais s’il pensait analyser le phénomène #jeansarkozypartout. Car j’aurai bien aimé échangé avec lui sur le sujet (en particulier pour tenter de chiffrer/mesurer, car je manque d’outils). Lui me répond qu’il aimerait bien, mais qu’il manque de temps.
    Alors je me suis dit « pourquoi pas moi » ?
    Il est à ce moment là 18h, et je n’ai rien prévu dans la soirée… J’ai donc le temps de faire ces recherches et d’écrire sereinement
    J’ai commencé à faire la recherche sur twitter, voir d’où tout était parti, éplucher les tweets pour dénicher la photo qui m’a tant faire avec Obama… puis j’ai essayé de prendre du recul, histoire de donner un peu de relief au billet.
    Le lundi avant de le publier, je l’envoie à Enikao pour avis, et je le poste.
    Mais personnellement, quand je le poste, je ne cherche pas à être dans la « vibe ». Pour être franc, je trouve le billet relativement simple et bien loin de ce que peuvent écrire des Versac et Narvic, ou Enikao.
    Je me dis simplement : « tiens, voila un sujet qui me parle, sur lequel j’aimerai bien travailler et écrire un billet un peu nourri » …
    Ensuite, comme l’explique bien Enikao, je suis tombé au bon moment. Et grâce au double effet Versac … le billet fait du buzz.

  5. FrédéricLN said, on 18 octobre 2009 at 5:46

    Merci pour l’histoire ! nous avons donc là un effet d’offre (le dimanche sans rugby – mais à quelle heure le rubgy ? 18 h ? en tout cas ça a dégagé du temps), plus un effet mimétique : le fait d’en parler à quelqu’un qui dit « j’aimerais bien mais je ne le ferai pas », plus un effet qualité (relecture, 2ème avis) – dans l’histoire, ce sont les 2 premiers qui semblent décisifs.

    Donc pour rendre la recherche française plus créative : annuler de temps en temps les rencontres sportives et faire une demi-heure spéciale sur twitter « qu’avez-vous fait à la place de l’entraînement ». Bon… c’est peut-être une conclusion un peu mécanique.

    Merci en tout cas ;-)

  6. David said, on 18 octobre 2009 at 5:54

    Laurent,
    J’aimerais bien me joindre à la conversation.
    Je prépare une ligne du temps sur la mise en place du Grand Paris et du développement économique de la Région. L’intérêt à mes yeux de la problématique de l’EPAD dans ce domaine étant de voir comment les institutions vont mettre en place les nouveaux schémas directeurs des flux de circulations des populations et des entreprises.

    http://www.dipity.com/timeline/Le-Grand-Paris-et-le-Schema-regional-Ile-de-France

    L’élection du Président de l’EPAD étant un épiphénomène.


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