[ Blok Not ] _.oO Kronik|Umeur|Ydés

[Lab] En cas de panne textuelle, la conversation s’impose

Posted in ∞ - Toudoto, Ш - Sochol by [ Enikao ] on 7 janvier 2010

Parfois on revient à son blog et on regarde à nouveau, on remonte ses précédents billets, on se redécouvre un peu. Je viens de m’apercevoir que ce blog est un peu resté muet pendant plus d’un mois. Certes, j’ai continué à écrire un peu ailleurs, parce que certains sujets méritent une audience plus large, ou trouvent mieux leur place ailleurs sur le fond ou bien sur la forme.

Surtout, j’ai continué à diffuser des trouvailles hasardeuses ou non sur Twitter, en bon news junkie. Mais là, c’est la panne textuelle.

Ce n’est pas tout à fait faute d’avoir des choses à dire, c’est faute d’avoir des choses intéressantes et différentes à dire.

Certes, je suis conscient que ce billet est peut-être pauvre en contenu original ressemble assez à un exercice de type « tirer à la ligne », consistant à écrire que l’on n’a rien à dire. Toutefois il faut parfois faire le point et expliciter un peu son mode de fonctionnement. Au détour d’un billet apparemment creux il arrive que des idées fleurissent de manière impromptue.

N’en déplaise à ceux qui voient dans les systèmes de publication numérique un déversoir à bile, à futilités nombrilistes ou publicités déguisées, je n’arrive pas à faire de cet endroit, déjà trop colonisé par les « moi » et les « je » à mon goût, un véritable élément d’expression (ou d’exhibition contrôlée) extime. Ce [Blok Not] est sans doute devenu prisonnier du style que je lui ai imprimé et des thèmes principaux que je lui ai conférés, d’autres blogueurs ont été confrontés à cette forme de carcan. Mais ce n’est pas le seul facteur limitant.

D’abord Twitter est devenu un outil bien suffisant pour diffuser une trouvaille et éventuellement la commenter de manière courte, soit dans la formulation même du gazouillis, soit dans les autres types de marqueurs que j’y insère comme les [Katikoriz] ou les #hashtags. Pour bon nombre de sujets, 140 caractères ne sont pas trop courts quand on n’a pas envie de développer, ou quand pour éviter l’indigence on se passe d’un billet alambiqué contenant à peine une petite nuance ou une remarque qui ne mérite pas davantage de détails. Twitter dévore mes billets mais ce n’est pas bien grave, parce qu’ils seraient pauvres.

Ensuite, contrairement à certains, je crois que mon infosphère est avant tout quotidienne, au temps court, et donc… sur Twitter. Ceux qui m’y suivent sont bien plus nombreux que les lecteurs réguliers de ce blog. C’est pourquoi en terme de mécanique je propulse mes contenus sur la machine à gazouillis, pour leur donner l’opportunité de toucher davantage de monde que les seuls abonnés à mes flux. D’expérience personnelle, les retwitts de mes billets sont plus courants que les liens vers ces billets, même dans les revues de blogs, sélections de billets ou simples mentions / références, ils sont même plus nombreux que les commentaires.

Twitter n’est effectivement pas un endroit pour converser, au sens de dialogue un peu soutenu. Bien sûr, il y a des amateurs de tweet clash ou ceux qui prennent la volière à gazouillis pour une messagerie instantanée façon MSN, mais d’une part il me semble qu’on lave son linge sale en famille et qu’on n’a pas à exposer ça en public, d’autre part le format court et asynchrone ne permet pas vraiment de développer un argumentaire ou d’engager une véritable conversation où l’on s’interrompt, se reprend, nuance, s’excuse, précise… On interpelle, tout au plus. Aussi je réponds rarement, quand c’est pertinent, et abandonne l’argumentaire quand cela vire au dialogue de sourds ou que la discussion réelle demanderait un engagement trop important.

Je crois aussi qu’il ne faut pas confondre temps court et immédiateté, en suggérant que vite diffusé revient à vite oublié. Il existe toute une palette d’outils pour archiver les gazouillis de la volière, depuis le simple usage des favoris ou l’utilisation des favoris partagés (delicious, Digg ou autres Pearltrees) jusqu’à l’enregistrement pur et simple avec par exemple Print Your Twitter. Penser que Twitter n’est que futilité instantanée, c’est aussi sous-entendre que les utilisateurs n’ont aucune mémoire, au sens de mémoire bien humaine et sans assistance technique, et c’est un raccourci un peu trop rapide et trop facile.

Enfin, il y a le cœur du problème, ce qui manque cruellement : écrire autre chose, écrire autrement, écrire utile. Plusieurs débats animés ont lieu actuellement sur la toile, ils m’intéressent beaucoup mais je ne sais pas bien quoi leur apporter : les subventions à la presse et la constitution du Spiil, les données privées et les services en ligne, la politique et les médias sociaux, le dénigrement d’Internet par certaines élites… Plutôt que de faire des billets récapitulatifs, ou des resucées mal fagotées et pas très pertinentes, plutôt que de faire des demi idées ou de faire des séries de billets pour commenter, c’est le moment de redécouvrir les commentaires, les vrais, ceux qui sont en bas du billet d’origine, et pas seulement dans une stratégie de coucou. C’est le bon moment et le bon moyen pour s’interroger, interpeller, signaler d’autres sources, nuancer, participer au débat d’une certaine façon sans le polluer ou le déporter par du remplissage dans son petit chez-soi.

Jean Véronis le disait il y a plusieurs mois : avec Twitter, non seulement les blogueurs et blogueuses publient moins et se lient moins entre eux, ce qui change beaucoup de choses dans les classements comme Wikio, mais en plus ils et elles se commentent moins. Autant ça n’a aucun impact sur les classements, autant c’est un peu dommage car la mécanique d’échange et de discussion se perd. L’effet émulateur ou furieusement énervant de certains commentaires ne joue plus tout à fait son rôle d’aiguillon, parce que plus rares il me semble. Exemple personnel cocasse : un journaliste blogueur m’a un jour fait un beau commentaire à propos d’un billet… sur Twitter !

Pour le moment, laissons les idées macérer, ou mieux, fermenter. L’image me plaît car la fermentation peut donner naissance à des formes de vie qui se développent sur l’objet, de manière indépendante et que l’on n’avait pas prévues. Et certains produits de la fermentation méritent vraiment le détour…

PS : un signe que l’on tourne en rond, c’est peut-être quand on en vient à se citer soi-même dans ses billets. Celui-ci en est un bel exemple. Quand on ne trouve pas de matière suffisante pour faire une création qui se tient seule (stand-alone, dont je ne trouve pas de bonne traduction) ou que l’on manipule des idées déjà exposées, on se répète peut-être inutilement.

4 Réponses

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  1. Vicnent said, on 7 janvier 2010 at 4:07

    Voila bien un billet que je ne pensais pas trouver ici, notamment parce que je trouve que ce ne sont pas les sujets qui manquent… (les miens en attente : http://www.vicnent.info/blog/index.php?2009/12/01/1305-si-j-avais-un-peu-de-temps et j’en ai le double en tête.

  2. [ Enikao ] said, on 7 janvier 2010 at 5:33

    Je suis bien d’accord, ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais simplement la matière pour les traiter qui ne vient pas en quantité et en pertinence suffisante. Aussi, quand on n’a rien de vraiment intéressant à dire… ;-)

  3. narvic said, on 14 janvier 2010 at 12:11

    A me détacher de twitter pour revenir au(x) blog(s), ça me fait un peu l’effet de réduire le feu sous la marmite, repasser du bouillonnement au mijoté. Ce n’est pas le même tempo. Dans la lecture comme dans les commentaires (je n’arrive sous ce billet qu’une semaine après sa publication, mais est-ce que c’est un problème ?).

    L’intérêt du blog, pour moi, est d’être un format intermédiaire entre Twitter et le livre : un espace de publication social. Le livre, c’est la publication sans le social. Twitter, c’est le social sans la publication.

    Revenir au(x) blog(s) et aux commentaires, c’est juste re-prendre un peu de recul, mais pas trop. re-prendre une distance qui me semble nécessaire… ;-)

  4. […] pourquoi la panne ? En réalité ce n’est pas une panne textuelle qui fait tourner en rond et ressasser, sans idée neuve. Bien au contraire, et c’est […]


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