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Mutation numérique pour tous et digital cosmetics : cher Sébastien Bazin, j’ai un sujet pour toi (shadow cabinet challenge)

Posted in € - Ykonomix, ∞ - Toudoto, Ш - Sochol, Ө - Hitek by [ Enikao ] on 21 février 2016

La transformation digitale est le nouveau féminisme. Qui est la nouvelle RSE. Qui est le nouveau mécénat. C’est le nouvel étendard qu’il faut brandir. C’est un véritable enjeu, et comme toujours c’est devenu également un véritable enjeu de communication : il faut montrer qu’on n’est pas prêt à se faire ringardiser en interne, à se faire uberiser par de nouveaux entrants jeunes et agiles (un terme marketing et fourre-tout qui a su s’imposer) sur le marché, à perdre la confiance de ses partenaires. Pourtant, travailler ses propres fondement n’est pas chose aisée et les organisations sont tiraillées entre faire ce qu’elles savent faire depuis toujours et explorer l’inconnu.

Aussi, la tentation de faire semblant est parfois très forte, au point que certains mettent plus de moyens dans le faire savoir que dans le savoir-faire. On a eu du pink washing, du green washing, on est déjà en train de voir émerger une digital cosmetics. Une façon d’enrober sa stratégie de digital sans qu’il y ait rien de sérieux en-dessous.

La révolution digitale produit des effets qu’il n’est plus possible de nier parce que les clients, les collaborateurs, le marché ont changé dans les faits, de manière structurelle. On n’apprend plus, on ne se renseigne plus, on ne travaille plus, on ne consomme plus comme autrefois. Un autrefois pas si lointain…

Se faire au monde digital est devenu un impératif pour les entreprises. Il est important d’annoncer d’ailleurs cette prise de conscience, en s’ouvrant à un écosystème de start-ups, en nommant un Chief Digital Officier, en débloquant des fonds sur la formation digitale… et en le criant haut et fort pour ne pas laisser toute la place à la concurrence.

Au point que parfois, l’exercice d’image l’emporte sur tout le reste. Et vas-y que je te lance des plans triennaux, que je glisse de la génération Y et du collaboratif de partout, mais pas question de revoir ma façon de travailler (partager les documents, les agendas, le savoir), mon modèle économique (Kodak en est mort). C’est dans la nature humaine d’être conservateur, comme le disait le regretté Terry Pratchett qui avait à bien des égards compris la nature du pouvoir et de ce qui meut l’homme : on a tous par nature très envie que demain ressemble fort à aujourd’hui.

Où je veux en venir ?

Sébastien Bazin, PDG d’Accor Hotels, a annoncé récemment la création d’un shadow cabinet composé de collaborateurs bien plus jeunes et bien plus au fait de ce que le digital apporte et change. C’est une initiative que je juge intéressante, et dont j’ai réellement envie de voir le domaine de compétence précis et les premières contributions. Le nom est bien sûr fort discutable, car un shadow cabinet incarne l’organisation de l’opposition si elle était au pouvoir, ce qui place d’emblée ce groupe de jeunes dans une posture belliciste et opportuniste qu’ils n’ont peut-être ni demandé ni envie d’assumer. Mais ce n’est pas tout.

J’ai envie de voir si c’est une annonce cosmétique, « pour de la fausse », ou bien si l’intention est suivie d’effets concrets, quitte à ce qu’ils sortent des sentiers battus. Car évidemment, l’innovation, les coups de boutoir de la concurrence et le changement de mode de consommation ne préviennent pas. Les opportunités de prouver ses dires non plus.

Cher Sébastien, il m’est récemment arrivé une mésaventure massaliote dont j’ai relaté quelques éléments sur le grand trombinoscope mondial, interpellant une de tes marques au nom de divinité commerçante. A bien des égards, la réponse que j’ai reçue ne me convient pas, tant dans sa forme comme sur le fond. J’ai bien évidemment ma petite idée sur ce qui ne va pas, mais si je reste modéré et aussi lucide que possible, je n’en suis pas moins juge et parti et il n’est pas souhaitable que j’influence cette analyse.

Aussi, j’aimerais soumettre à la sagacité de ce shadow cabinet les éléments du dossier, du moins ceux dont je dispose vus de ma fenêtre. Sauf qu’il n’est à ma connaissance pas possible de saisir ce cabinet. Je n’ai pas vu d’adresse mail, de formulaire en ligne ou quoi que ce soit du genre. Autant lancer grossièrement une énorme bouteille à la mer.

Je vais laisser passer 48h, un délais incroyablement long dans le monde digital comme dans le domaine de l’hébergement touristique tu en conviendras, pour recevoir la procédure à suivre pour envoyer ce dossier. Si la digitalisation est bien une priorité du Groupe Accor, ton système de veille ne devrait pas tarder à signaler ce billet.

Sans réponse après ce délai, je me permettrai de le faire par écrit. En tout cas, j’imprimerai ce texte et les éléments du dossier, car vois-tu, écrire manuellement m’est encore douloureux et difficile depuis que j’ai visité une de tes chambres, même si j’adore ça en temps normal. Oui, c’est un paradoxe des « ni X ni Y » qui aiment encore faire courir la plume sur la pulpe de bois, car il ne m’est pas non plus naturel d’imprimer Internet. Cette étape constituera, il me semble, un premier échec pour cette politique annoncée de transformation digitale. N’y vois là aucun chantage, mais une simple mise à l’épreuve en conditions presque réelle : dans le monde digital, il est rare qu’on te laisse 48h de répit. Si au bout de 72 heures supplémentaires je n’ai pas davantage de réponse (un délai d’acheminement raisonnable pour du courrier), alors je serai sincèrement très triste pour toi.

Ce que j’attends du shadow cabinet ? Une réaction aux échanges que j’ai eu avec ton groupe, en adoptant le point de vue du client ; une critique de ce qui pourrait être amélioré facilement et rapidement ; et éventuellement une proposition de plus long terme. Tu vois, ce n’est pas incommensurable. Je suis même certain que l’exercice, que j’estime formateur, va beaucoup les intéresser.

Bien entendu, je reste disposé à fournir mon concours en donnant ma propre version, qui n’a pas valeur de « correction » bien entendu puisqu’elle sera partiale, mais que j’estime relativement fiable car figure-toi, il se trouve que je travaille dans ce monde digital, et même un peu à la croisée des chemins.

Alors, tu acceptes le challenge ?

Nous sommes dimanche 21 février 2016 et il est 20h20. Top chrono.

PS : les commentaires sont modérés a priori, donc tout commentaire d’inconnu reste en scred. Pas de problème de confidentialité.

* * *

EDIT du 26/02 à 18h54 : j’ai reçu un mail personnalisé. Peut-être à cause de ce billet. Ou bien en raison du courrier papier un peu provocateur que j’ai envoyé à Sébastien Bazin. Je vais donc pouvoir transmettre « aux personnes concernées » les éléments reçus. Ca donne un côté « boîte noire », mais la porte est ouverte. Par rapport au timing que j’ai donné, assez serré pour une organisation de cette taille, il était moins une, mais c’est bien joué. 

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