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La musique des sphères

Posted in < - Kouote, ) - Feun, € - Ykonomix, ∞ - Toudoto, ♪ - Saoundz, Ф - Nutek by [ Enikao ] on 12 août 2009

A l’heure où le tube de l’été se joue probablement entre la crème solaire et une quelconque soupe insipide martelée et bien marketée avec force partenariats médias (il semble qu’en fait ça fonctionne moins bien au troisième millénaire), il est temps de venir concrétiser une métaphore sonore à propos de l’infosphère.

Et si nos émissions de données numériques se mettaient en musique ?

Dans son premier roman de la série Dirk Gently, détective holistique, Douglas Adams imagine un éditeur de logiciels britannique un peu fantasque : Way Forward Technology. Cette société éditait un logiciel de comptabilité un peu particulier, qui répondait à un vieux rêve de de Douglas Adams. Il transformait les chiffres, à volonté. En absolument tout.

La comptabilité de l’entreprise pouvait ainsi devenir en quelques clics sur la souris du McIntosh un vol de mouettes, un tableau abstrait, ou encore de la musique en Midi, un format qui a peu ou prou disparu de la circulation. Les cours de bourse, les chiffres de vente, le nombre d’embauches, le volume horaire travaillé, les variations de trésorerie : tout cela était analysé et transformé en notes, timbres et rythmes, ou bien en altitudes et positions de vols de mouettes.

Adams imaginait que ce programme, nommé Hymne, trouverait quelques débouchés malgré la vacuité de la plupart des fonctions de ce logiciel qui dépassait les fonctionnalités utiles. En particulier, il imaginait que les entreprises seraient assez fières de faire réaliser de véritables hymnes à leur gloire. Le genre de choses que les sararimen nippon et white collars anglo-saxons seraient fiers d’entonner avant le travail ou autour d’une bonne pinte après la publication des résultats trimestriels.

A vrai dire, ce genre de musique dédiée (un peu comme la fameuse chanson si importante pour certains couples) ne peut recevoir d’écho positif que dans une société où l’attachement aux valeurs corporate est suffisamment fort. Dans un milieu plus défiant comme le monde latin, on se doute que Way Forward Technology aurait vu Hymne se transformer en quelque chose de plus artistique au sens pur du terme. Le fameux « art pour l’art ». De toute manière, la conjoncture actuelle produirait sans doute beaucoup de marches funèbres et de plongées dans les graves.

Une autre idée cependant mérite d’être explorée. Et si les connectés, les numériques, les émetteurs d’information par divers canaux se mettaient en musique ? Et si l’infosphère, conglomérat de nos expressions, était en elle-même une orchestration de nos échanges numériques ? Imaginons que chaque canal d’information corresponde à un type d’instrument, et que chaque contenu permette ensuite de préciser le timbre, la tonalité, les notes…

Par exemple les messages de Twitter seraient sans doute des percussions, en raison de leur rythme important. Selon la longueur du gazouillis, selon ce qu’il contient (une image, un lien, un retweet, une réponse) on aurait ensuite un coup de grosse caisse, de cymbales, de telle ou telle caisse, voire de maracas ou de djembé… Quand au rythme il suffit de transposer l’horodatage des twitts. On s’apercevrait ainsi que certains sont sur un rythme très jungle, d’autres sur un rythme plutôt lent et binaire.

Les photos de Flickr seraient peut-être un synthétiseur qui jouerait une note qui dure jusqu’à la prochaine, en fond. Le synthétiseur permet de donner beaucoup de liberté pour la transformation de l’image en son : selon le thème de l’image (portrait, paysage, nature morte…), les couleurs, l’exposition, la netteté… on pourrait moduler le son produit.

Les informations de Facebook, MySpace et autres Hi5 seraient transformés en sons à leur tour, peut-être par grandes familles que l’on peut ensuite découper selon le type d’information diffusé par ce canal. Par exemple, si Facebook est représenté par les cordes, la mise à jour du profil serait un morceau de contrebasse tandis que la mise à jour du statut serait du violoncelle (qui peut imiter d’ailleurs les percussions de Twitter si l’un et l’autre sont jumelés), toute action liée à un groupe ou une cause serait de l’Alto, les quizz et autres applications plus ou moins utiles seraient transcrites en harpe… De même, MySpace serait représenté par les cuivres et Hi5 par les bois, par exemple.

Les billets de blog pourraient bien être une guitare, qui jouerait un thème musical en rapport avec le contenu du billet : illustrations, liens, vidéo ou encore citations participeraient à la composition de ce thème. Ce n’est là qu’une idée.

Les favoris partagés de type Delicious seraient des samples des musiques déjà composées à partir des éléments qui ont été mis en favoris. Par exemple si je mets un billet d’Untel en favori, le billet de son blog mis en musique serait ainsi un sample de ma musique : c’est bien cette personne que je répète.

Il est tout à fait possible que l’on se rende compte que l’ensemble est plus que dissonant, voire totalement infect à écouter. Bien sûr, Adams avait prévu cela et tout le savoir-faire de WFT était d’incorporer à Hymne des redresseurs de sinusoïde et de tonalité pour remettre de l’harmonie dans tout cela. Des outils qui nécessitaient un travail humain pour vérifier que le résultat final est effectivement écoutable. L’esthétique n’est, pas encore, quantifiable. Les essais pour produire automatiquement une musique à succès grâce à la seule analyse statistique n’ont produit que des soupes insipides. Comme certaines maisons de disque, à bien y regarder.

Pourquoi mettre en musique son écosystème d’informations ? Sans raison. Pourquoi n’est pas toujours une question très pertinente. Certaines choses sont faites pour le seul plaisir de les faire. Se mettre en musique ne sert surtout pas à éviter les trolls et les clash. Les lecteurs de science-fiction, en particulier ceux qui ont lu « Space Opera » savent que le bon vieux dicton la musique adoucit les moeurs est une idiotie de salons bourgeois européens. Tambours de guerre, chansons engagées et musique militaire n’engagent pas à la paix, et cela sans même parler des mauvaises interprétations interculturelles des arts musicaux. Interprétations qui sont d’autant plus difficiles si on a affaire à des êtres pour qui les vibrations sont un signe de belliquosité ou d’attirance.

A traiter musicalement des méta données, peut-être que l’on aurait découvert des choses étranges. On aurait assisté à de nouvelles combinaisons de sonorités, ou bien des mariages a priori contre nature qui se révéleraient finalement harmonieux. Peut-être aurait-on vu des similitudes étonnantes et que l’on aurait classé dans le même genre musical des acteurs de l’infosphère très éloignés par leurs domaines d’expression. Peut-être que certains bootlegs donneraient lieu à des formes de cadavres exquis numériques. Allez savoir.

Le plus extraordinaire dans tout ça, c’est que désormais l’outil pour tout mettre en musique existe. Il s’appelle Soundforge ou quelque chose d’approchant. Et Adams n’est plus là. Je me demande si, en définitive, le fait de pouvoir faire réellement ce qui le faisait tant rire aurait eu le même intérêt pour lui. Certains fantasmes gagnent à demeurer inaccessibles.

Note : pendant la rédaction de ce billet, effectuée offline, sont passés dans mes oreilles plusieurs morceaux de manière aléatoire. Cela a peut-être orienté ce billet. Ou pas du tout. The Wizzard, de Black Sabbath. Diesel power, des Prodigy. Israel, de Siouxsie & the Banshees. Mushaboom, de Feist. This is the new shit, de Marilyn Manson. Too drunk to fuck, des Dead Kennedys (j’ai emporté ça en vacances, moi ?). Dragonfly, d’Edguy. My doorbell, des White Stripes.

Edit 22/02/10 : avec codeorgan, on peut mettre son blog en musique.

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Une Réponse

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  1. Jean-Luc R. said, on 23 août 2009 at 9:50

    Cette approche fait écho avec les travaux du philosophe Peter Sloterdijk et la notion très intéressante d’écumes pour caractériser le monde technologique d’aujourd’hui. Cf. son essai « Sphères : Tome 3, Ecumes, Sphérologie plurielle » (traduction française 2005)


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